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Biographies

URBAIN CAZAUX (1899 - 1979)



Enfant du pays Toy, Urbain Cazaux a commencé sa carrière professionnelle en tant qu’instituteur à Barèges, qui n’était alors qu’un hameau de la commune de Betpouey.
Très engagé dans la vie locale et la politique, il était élu conseiller général en 1937, et il obtenait en 1946 la création d’une commune à part entière à Barèges par détachement de celle de Betpouey.
Il en devint le maire et le restera jusqu’à sa mort.
C’est sous son impulsion, et en profitant des retombées des chantiers d’EDF, que la commune s’équipa pour le ski et devint l’une des principales stations de sports d’hiver des Pyrénées.
Homme à la capacité de travail exceptionnelle, Urbain Cazaux put mener de front jusqu’à trente cinq présidences différentes dans cinq secteurs d’activité : le ski, le tourisme, l’économie, la politique et le thermalisme.

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(Photo C. Azémard).

Mais celles qui concernent le plus notre revue – et qui lui furent particulièrement bénéfiques - sont la présidence du comité local d’administration du Musée Pyrénéen de Lourdes à partir de 1969 – après le décès de François Faure - et celle de l’association des Amis du Musée Pyrénéen, éditrice de « Pyrénées ».
A ce titre il épaula, et de manière décisive, Raymond Ritter le rédacteur en chef, sur le plan matériel en prenant en charge les taches administratives et financières, assurant ainsi la bonne santé de « Pyrénées » qui ne pouvait survivre à ses débuts que grâce aux subventions généreusement accordées par le conseil général des Hautes Pyrénées, régulièrement sollicité par Urbain Cazaux.

L’association Ritter (rédaction) Cazaux (administration) dura quasiment un quart de siècle, de 1950 à 1974 ; ensuite, à partir de 1979, un autre binôme composé de André Dussert et de Louis Anglade devait prendre le relais.

À lire dans « Pyrénées » :

- Urbain le pyrénéen, par pierre de Gorsse
- Urbain Cazaux, l’homme, par Marcel Lavedan
- Au revoir, Urbain Cazaux, par Luc Maury
Ces trois articles sont publiés dans le numéro double 119-120 de juillet / décembre 1979.

- « Pyrénées » 1950-1996 le nouveau départ, par Luc Maury dans le numéro 189 de 1997.

G.R.


HENRI BERALDI (1849 – 1931)



Grand bourgeois parisien mais d’origine méridionale, mondain, lettré, fréquentant les milieux artistiques, Henri Beraldi se rendait aux bains de Luchon à la belle saison et parcourait la montagne, à pied ou à cheval, comme tous les baigneurs de l’époque.
Ce n’est cependant que vers la cinquantaine que les Pyrénées vont véritablement entrer dans sa vie à la faveur d’un article écrit en 1898 pour une revue de bibliophiles : « Excursion biblio-pyrénéenne du centenaire de la découverte des Pyrénées ».
Cet article aura des prolongements inattendus puisqu’il aboutira à cette œuvre magistrale, les « Cent ans aux Pyrénées » en sept volumes.

Mais Beraldi ce n’est pas que les « Cent ans » : d’autres livres suivront, moins connus peut être mais tout aussi importants.

- Balaïtous et Pelvoux, à propos des opérations géodésiques dans les Pyrénées (Peytier et Hossard) et les Alpes (Durand).
- Le passé du pyrénéisme, en cinq volumes où il est beaucoup question de Ramond.
- Le sommet des Pyrénées, en trois volumes.
- La carrière posthume de Ramond, consacré en grande partie à Russell.

Dès sa création, Henri Beraldi s’était intéressé au Bulletin pyrénéen qu’il avait qualifié, dans les « Cent ans », de « document type et essentiel ». Son intérêt s’était d’ailleurs manifesté de manière très concrète par une collaboration assidue et sans faille qui avait enrichi le Bulletin de travaux du plus haut intérêt.
Citons :

- Les officiers topographes aux Pyrénées (1849-1851), qui devait être édité en volume en 1909.
- Un officier géodésien aux Pyrénées en 1789-1792, consacré aux travaux de Junker et Heredia dans le cadre de la commission des limites.
- Les tours d’horizon pyrénéens de Schrader à l’orographe, ensemble de 24 documents graphiques.
- Henry Russell en Amérique.
- Le passé du pyrénéisme, présentant des dessins et documents anciens, tels des gravures de Melling, Allom, Chapuy, Harding, Frossard, prince de la Moskowa …

Beraldi s’était également beaucoup impliqué dans la préparation des festivités du centenaire de la première ascension du Balaïtous par les officiers géodésiens Peytier et Hossard.

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Pic Beraldi et à l’arrière plan grand pic d’Eriste.
(Photo Gérard Raynaud).

On pourra lire dans « Pyrénées » les articles suivants :

- Henri Beraldi pyrénéiste actif, de Pierre de Gorsse - n°13
L’historien du pyrénéisme a fréquenté la montagne pyrénéenne, surtout la région luchonaise.

- Sept ans aux Pyrénées avec Henri Beraldi, de Luc Maury - n°104
Comment furent écrits les « cent ans ».

- Chronique pyrénéiste 1919-1927, de Luc Maury - n° 154
Relations et amitiés entre Henri Beraldi et Jean Arlaud, Henri Brulle, Raymond d’Espouy et Louis Robach.

- D’Henri Beraldi à Jean Arlaud, de Jean Victor Parant - n°129
Vingt cinq lettres écrites par Beraldi à Jean Arlaud.

A lire également un ouvrage essentiel :

Henri Beraldi historien des Pyrénées de Jacques Labarère

Editions des Amis du livre pyrénéen

G.R.


Georges LEDORMEUR


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Georges Ledormeur en 1901

En 1952 disparaissait Georges Ledormeur, pyrénéiste considérable, connu surtout pour son célèbre guide qui eut six éditions successives.
En 2002, cinquante ans après cette disparition, une réédition du guide était mise en vente, et un site Internet était créé par sa petite fille pour entretenir le souvenir du célèbre montagnard tarbais, et faire découvrir à ceux qui ne le connaîtraient pas cet homme hors du commun qui consacra une bonne partie de sa vie à la réalisation de son guide, mais fut également l’un des éléments les plus dynamiques des deux premiers clubs de montagne qui virent le jour à Tarbes au début du vingtième siècle, à savoir la Société des excursionnistes tarbais, créée en 1901, et la section locale du Club Alpin français, créée en 1904 dont il fut le premier secrétaire.

Né à Rouen en 1867, Georges Ledormeur ne devait découvrir les Pyrénées qu’à l’age de 26 ans quand il arriva à Tarbes pour un séjour chez son frère, militaire dans cette ville. Dans la limpidité d’une belle journée d’hiver, il découvre alors toute la chaîne enneigée qui étincelle au soleil.

Immédiatement et irrémédiablement conquis, Ledormeur ne quittera plus Tarbes où se déroulera désormais toute sa carrière professionnelle ainsi que sa retraite active.

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Le refuge Ledormeur.
(Photo Gérard Raynaud).

Il se met rapidement aux excursions, timidement d’abord, puis de manière plus hardie et continue, à tel point que l’on pourrait dire de lui qu’il fut un pyrénéiste à temps complet, les cinquante deux fins de semaine de l’année étant presque toutes occupées par la montagne.
Au total, Georges Ledormeur aura gravi plus de 1500 sommets différents, dont 120 plus de 3000 mètres, et ce en toutes saisons puisqu’il figure parmi les pionniers du ski dans les Pyrénées.
Mais Ledormeur c’est aussi la carte touristique des Pyrénées centrales, une collection de 6800 clichés photographiques, le refuge qui porte son nom dans le massif du Balaïtous, construit en 1926 d’après ses plans, des tables d’orientation, un nombre considérable d’articles de presse et de revue, des conférences, ainsi que des dessins et des aquarelles.

Georges Ledormeur fut un collaborateur fidèle du Bulletin Pyrénéen, puis, à partir de 1950, de « Pyrénées » successeur et continuateur du défunt Bulletin.

On trouve sa signature dès le numéro 27 de mars 1902, avec un article sur les grottes de Bétharram et, dès lors, les écrits vont se suivre avec régularité jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Ensuite, dès le numéro 1 de « Pyrénées », Georges Ledormeur, qui faisait partie du comité de rédaction de l’époque, approvisionnait la rubrique « montagne » du contenu rédactionnel de la revue, et ce, jusqu’à son décès.

C’est cette fidélité que tenait à souligner, au lendemain de sa disparition, Raymond Ritter – alias Henry Chevalier – dans le numéro 11 de notre revue : « De toutes les publications auxquelles il collabora, c’est à la notre, - et nous en sommes fiers – qu’il demeura le plus fidèle.(…) Ainsi, pendant un demi-siècle très exactement, a-t-il prêché d’exemple en marquant son attachement à une revue dont il savait mieux que personne que, loin de tout esprit de chapelle, elle était la maison largement ouverte à tous ceux qui aiment et pratiquent la montagne sous tous ses aspects, des plus modestes aux plus héroïques. »

On pourra consulter grâce à notre moteur de recherche la liste des écrits que Georges Ledormeur a donnés à notre revue.
Ajoutons que, depuis sa disparition, « Pyrénées » entretient régulièrement le souvenir de ce montagnard hors du commun ; que l’on se rappelle par exemple ses lettres à Georges Brugnot publiées par Jean François Le Nail (numéros 188,190,191,192,193,194 ), ou du très intéressant article de Jacques Labarère consacré à ses cartes et guides (numéro 205).

À lire également : Georges Ledormeur, le roman d’une vie de Jean Lamanètre qui a connu dans sa jeunesse celui que l’on surnommait affectueusement Marchoucrève, et qui s’est attaché à le faire revivre dans ce livre publié par les éditions Monhélios.

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L’effigie de Georges Ledormeur au sommet du Balaïtous.
(Photo A. Martinez Embid).

G.R.


Georges BRUGNOT



Georges BRUGNOT (1857-1920)

Ce commerçant palois était de la réunion des dix personnes qui, au café du Commerce de Pau, décida en 1896 de la naissance du Bulletin Pyrénéen.

Dès le début chargé de diriger le comité de lecture, alors que Paul Gardères était le premier responsable du Bulletin, il prenait la direction de celui-ci en 1898 et allait faire bénéficier la jeune revue des habitudes d’économie et d’ordre mises en œuvre dans sa profession de commerçant. Actif, dévoué, c’est lui qui a imposé au Bulletin son nom définitif de Pyrénéen.

Auteur à ses heures, il signe ses articles du pseudonyme de « Sacodo ».
Sous son égide, la publication devient bimestrielle afin de donner la parole à plus d’auteurs, et de répondre à la demande des lecteurs. Corollaire de ce développement, la charge de travail augmente et Georges Brugnot, fin 1903, demande à être déchargé de sa fonction, déclarant manquer de suffisamment de loisirs car nombreuses sont ses obligations : familiales, professionnelles, municipales. La relève viendra en 1904 avec Francis Bernard.

Georges Brugnot ne délaissera cependant pas le Bulletin pour lequel il continuera de faire œuvre de propagande, tout en s’occupant du Syndicat d’Initiatives de Pau.

Montagnard accompli, il initiera les siens en de régulières sorties dominicales, et se vouera plus particulièrement à l’exploration des avant-monts d’Ossau et de la Bigorre. Photographe également, il rapportera de ses courses de nombreux clichés.

G.R.

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Georges Brugnot et un groupe d’amis en montagne
(Cliché Bulletin pyrénéen)

Alphonse MEILLON

Alphonse MEILLON (1862-1933)


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Alphonse Meillon en 1895
(Cliché Bulletin Pyrénéen)

Né le 30 août 1862 à Cauterets, Alphonse Meillon fit au lycée de Pau des études un peu écourtées car ses parents le destinaient à l’industrie hôtelière.
C’est donc dans ce domaine que va se dérouler, après une période d’apprentissage, toute sa carrière professionnelle, à l’hôtel Gassion à Pau l’hiver et à l’hôtel d’Angleterre à Cauterets pendant la saison d’été, jusqu’à sa retraite en 1928.
Pyrénéen de naissance et pyrénéiste dans l’âme – il fréquenta dès son enfance Emilien Frossard et accompagna en montagne Edouard Wallon – il fait partie du Club Alpin Français dont une section se crée à Pau en 1887.
Alphonse Meillon a accompli pour la connaissance et la mise en valeur de sa patrie cauterésienne et de la chaîne toute entière un travail d’une ampleur considérable qui mérite qu’on s’y intéresse un peu plus.
Dans le domaine du tourisme, il œuvra essentiellement au Syndicat d’Initiatives de Pau – dont il fut longtemps le président – et à la fédération régionale.
Historien, il poursuivit de patientes recherches sur sa petite patrie et sur l’abbaye de Saint Savin dont elle dépendait autrefois. Ces travaux aboutirent à la rédaction d’une « histoire de la vallée de Cauterets » en deux tomes.
Toponymiste, il étudia les noms de lieux de sa région natale et publia une «  esquisse toponymique sur la vallée de Cauterets » ; il fonda par ailleurs en 1907 la commission de toponymie et de topographie pyrénéenne qui s’efforça de regrouper tous ceux que ces questions intéressaient.
Au Bulletin Pyrénéen, Alphonse Meillon, après deux ans de collaboration avec Francis Bernard le rédacteur en chef, reprendra en 1912 le flambeau des mains de celui-ci et assumera jusqu’à son décès la charge de faire paraître régulièrement cette irremplaçable revue, ancêtre de « Pyrénées ».
Sous sa direction, le Bulletin Pyrénéen aura une parution régulière, mensuelle d’abord, puis bimestrielle ou trimestrielle suivant l’état des finances. Meillon s’efforcera de recruter de nouveaux collaborateurs, de créer des rubriques nouvelles afin de rendre cette publication plus variée et plus attrayante, et d’en faire le miroir non seulement du passé mais aussi du présent de la vie pyrénéenne. Il n’hésitera pas à donner l’exemple et à payer de sa personne en relatant notamment ses « excursions topographiques dans la vallée de Cauterets » ou ses « excursions autour du Vignemale », en plus bien sur de ses innombrables échos, notes bibliographiques ou éditoriaux, rapports et comptes-rendus divers.
Topographe et cartographe, Alphonse Meillon a poursuivi, à partir de 1907 et durant plus de vingt ans, des opérations de triangulation et de topographie absolument désintéressées qui occuperont ses loisirs d’été. Le plus souvent seul mais secondé par de fidèles porteurs et auxiliaires, il va parcourir inlassablement toutes les hautes vallées dont Cauterets constitue le centre, débordant à l’occasion vers les régions voisines ou l’Espagne si proche.

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Alphonse Meillon devant sa tente
(Cliché Bulletin Pyrénéen)

Pratiquant très souvent le camping en haute montagne quand les cabanes ou les rares refuges sont indisponibles ou inexistants, il va gravir tous les sommets – importants ou non – de la région, ainsi que beaucoup de points secondaires – mamelons, turons, plateaux – moins intéressants esthétiquement mais précieux d’un point de vue documentaire pour ses travaux de cartographie.
En 1929 parait la première feuille : « carte du massif du Vignemale et de la région au sud de Cauterets », 61X52 cm de surface gravée à l’échelle du 20.000° et en trois couleurs. Les calculs et le dessin sont de F. de Larminat, les courbes bathymétriques des lacs français de L. Gaurier. (Henri Barrère éditeur, Paris)
En 1932, peu de temps avant sa mort, il achevait une deuxième feuille, toujours à l’échelle du 20.000° : « carte de Cauterets et des vallées de Lutour, de Yéret, de Gaube, du Marcadau et du Campbasque ».
Considérant ses travaux dans ce domaine comme terminés, il avait remis au Musée Pyrénéen tous ses instruments de géodésie et de topographie, ainsi que ses archives pyrénéistes.

Il décédait à Paris le 22 février 1933 après quelques semaines d’une courte maladie.
Le 10 septembre de la même année, sur un ressaut dominant le Pont d’Espagne, un monument à sa mémoire était inauguré en présence d’une foule de deux cent personnes. Enfin, par décision de la Fédération franco espagnole des sociétés pyrénéistes, le nom d’Alphonse Meillon était attribué au pic sud de Chabarrou (2929 mètres), sommet frontalier situé à la jonction des trois vallées du rio Ara, de Gaube et du Marcadau.

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Monument Meillon.
(Photo R. Bourbon).

G.R.

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Raymond RITTER

Raymond RITTER (1894-1974)

Créateur et premier rédacteur en chef de "Pyrénées"


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Raymond Ritter dans sa quarantième année
(Collection J. Labarère)

Homme de lettres, historien, collectionneur d’art, journaliste, sauveur d’un chef d’œuvre en péril, conférencier de talent, paladin du Parc National, les talents de Raymond Ritter étaient multiples et variés. Historien, il nous a laissé quelques livres d’importance sur Catherine de Bourbon, Corisande d’Andoins, Henri IV, Gabrielle d’Estrées, Marguerite de Navarre, la maison de Gramont ou le maréchal Bosquet. Spécialiste d’architecture militaire, il a écrit sur le château de Pau ou les constructions de Gaston Fébus en Béarn. Défenseur de l’environnement avant que ce ne soit la mode, il a longtemps bataillé contre les projets de captage des eaux de Cauterets par EDF, puis milité en faveur de la création du Parc National et, quand celui-ci fut une réalité, créé l’association des amis du Parc National.

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Château de Morlane

Amateur d’art, il a restauré la vieille forteresse de Morlanne, et rassemblé en ses murs une estimable collection de mobilier et d’œuvres d’art ainsi, il va sans dire, qu’une imposante bibliothèque. Promoteur d’un tourisme « intelligent », il fut, par exemple, l’initiateur de la « Route des preux et des maréchaux », itinéraire touritico-historique à travers les départements des Hautes Pyrénées et des Pyrénées atlantiques. Mais il fut bien plus que cela.

Pierre Tucoo-Chala, dans notre numéro spécial de 1994, a bien résumé la féconde carrière de son ami Raymond Ritter : « Énumérer ce qu’il fut revient à composer une litanie qui pourrait apparaître hyperbolique alors qu’elle ne fait que refléter la réalité. Il fut tour à tour, et souvent en même temps : historien sachant restituer le passé avec l’art d’un grand reporter qui aurait été témoin des événements ; journaliste et polémiste doté d’une plume acérée qui lui valut bien des inimitiés, mais également fin lettré capable d’écrire de remarquables pastiches ; il fut aussi photographe en un temps où les appareils impliquaient vigueur physique et minutie dans la mise au point ; mais le photographe fut aussi dessinateur maniant la plume comme le pinceau, capable de restituer plans et silhouettes des monuments disparus. Car l’historien fut aussi archéologue. Ce fut encore un brillant avocat, et un collectionneur avisé de livres, de manuscrits, d’œuvres d’art. Amateur de bons repas, redoutable connaisseur dans le domaine des vins, il aurait pu se contenter de jouir, en bon épicurien, de ses trésors rassemblés d’abord dans sa « Lézardière » à Pau, puis dans son château de Morlanne et n’en faire profiter que quelques amis. Ceci aurait été contraire à son goût pour l’action, son désir d’imprimer sa marque au monde qui l’entourait. Ses campagnes de presse permirent, entre autres, de sauvegarder les remparts de Navarrenx, les cascades de la région de Cauterets, d’inciter à la création du Parc National des Pyrénées ; sans lui les trésors du château de Laas ne seraient pas devenus propriété départementale. Après avoir assuré la survie du Bulletin Pyrénéen depuis 1933, il en fit la revue « Pyrénées ». Infatigable rédacteur en chef de cette revue trimestrielle dont il façonna le fond et la forme avec le souci de doter chaque livraison d’une couverture adaptée au contenu et ayant valeur artistique, il la dirigea jusqu’à la veille de sa mort, assumant la responsabilité de 99 numéros. »

Justement, intéresserons nous de plus près au sujet qui nous occupe : la revue « Pyrénées » qu’il porta sur les fonds baptismaux en 1950. A vrai dire il ne partait pas de rien puisque, depuis le décès d’Alphonse Meillon en 1933, il assurait la charge de rédacteur en chef du Bulletin Pyrénéen créé en 1896, et dont « Pyrénées » est l’héritière par filiation directe. Cette longue période, de 1933 à 1948, où il assurait la continuité du Bulletin en collaboration étroite avec Louis Le Bondidier et le docteur Paul Fayon, lui permit de jeter les bases de la revue qui était appelée à succéder au « vieux » Bulletin, et devait paraître en 1950 sous le nom de « Pyrénées » et sous son entière responsabilité, le financement étant assuré au départ grâce à une subvention conséquente du Musée Pyrénéen et, plus tard, par la vigilance attentive d’Urbain Cazaux.

Dans le numéro 3, il exposait ses objectif pour la jeune revue : « nous cherchons à faire de « Pyrénées » une publication qui, participant tout ensemble de la revue au sens classique du mot, et du magazine, allie la sévérité scientifique à la fantaisie littéraire ou humoristique, le rétrospectif à l’actuel, l’art pur au réalisme pratique, la belle et plaisante image au document austère ou au calcul abstrait et sache aussi, s’il le faut, ne pas hésiter à critiquer, à polémiquer, à combattre, car nous avons des vérités à maintenir et des intérêts à défendre. A une époque où la presse, hélas ! est, à de trop rares exceptions près, « engagée » ou dépendante, « Pyrénées » qui, hors de toute inféodation plus ou moins occulte et de toute hypothèque inavouable, réunit des hommes d’opinions politiques fort différentes mais qui se piquent d’être d’honnêtes gens animés de la seule passion du bien public, « Pyrénées » est et demeurera une tribune libre, toujours ouverte à la discussion. »

Il ajoutait plus loin : « En un mot, nous voulons être le miroir exact et brillant de nos Pyrénées, pour donner à ceux qui croient les connaître déjà des raisons nouvelles d’y revenir et de s’y attacher toujours d’avantage, et à ceux qui les ignorent encore le désir de visiter nos plaines fertiles, nos vallées virgiliennes, nos sources bienfaisantes, nos cimes sublimes, aussi bien que nos musées, nos châteaux, nos cités où revivent vingt siècles de gloire et nos sanctuaires insignes. »

L’objectif a t’il été atteint ? En ce qui concerne la critique et la polémique, sans aucun doute : les combats menés dans les années cinquante pour défendre les eaux de la vallée de Cauterets menacées par les projets de captage d’EDF, ou dans les années soixante le militantisme en faveur de la création du Parc National sont là, entre autres, pour en témoigner.

Pour le programme éditorial, fondé sur la variété et l’éclectisme, les goûts personnels et la formation de Raymond Ritter l’ont certes plus orienté vers l’histoire, la littérature ou les beaux-arts que vers les sciences de la nature. De plus, les collaborations espérées n’ont pas toujours été à la hauteur des ambitions affichées, et Raymond Ritter s’est souvent vu contraint de remplir des pages en donnant en « feuilleton » ses derniers livres, ou en signant ses articles de divers pseudonymes. Le surcroît de travail ainsi occasionné a même entraîné, dans les dernières années, une certaine lassitude et un état dépressif poussant le rédacteur en chef à chercher un successeur. Il se sentit donc bien soulagé lorsqu’il eut trouvé en André Dussert la personne idoine, et en Louis Anglade celui qui veillerait sur les finances. Il était temps : il approchait des quatre vingt ans, était malade et devait décéder peu après le passage du relais.

Il léguait à la postérité cent numéros d’une revue qu’il avait puissamment façonnée et portée à bout de bras sans ménager sa peine, tout en menant de pair d’autres travaux tout aussi prenants.

G.R.

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Louis LE BONDIDIER


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Louis Le Bondidier
(Cliché Bulletin Pyrénéen)

Louis Le Bondidier (1878 - 1945)

Quand, le 13 juillet 1901, le jeune ménage Le Bondidier arriva, de sa lointaine Lorraine, à Campan pour y occuper le poste de receveur de l’enregistrement, ni Louis ni son épouse Margalide ne se doutaient que le destin était en train de s’emparer de leur vie et de décider de son cours futur.
Installés pour un séjour aussi bref que possible, les deux jeunes gens allaient très rapidement s’éprendre de cette montagne qu’ils découvraient avidement, et de la culture qu’elle abritait.
En quelques courses émerveillées, ils étaient acquis corps et âmes au pyrénéisme et allaient y consacrer tous leurs loisirs.
Dès l’année suivante, Louis Le Bondidier organise le congrès du Club Alpin Français, en 1903 il fonde la Fédération franco espagnole des sociétés pyrénéistes. En même temps, la liste des sommets conquis s’allonge sur son piolet ; point d’orgue de cette activité montagnarde, l’extraordinaire campagne qui, du 19 juillet au 17 août 1905, fera parcourir au couple Le Bondidier les massifs de Beciberi, Maladetta, et Posets, avec cinq premières à la clé (pics Margalide, Maudit, las Espadas, Beraldi, las Tourets). Cette aventure sera racontée dans un style enjoué et spirituel dans le Bulletin Pyrénéen, puis publiée en un volume (Un mois sous la tente).
C’est que Le Bondidier écrit, et toutes les revues de montagne de l’époque accueillent ses articles toujours solidement documentés car l’auteur étudie ses classiques et se constitue rapidement une bibliothèque.
En 1908, il organise le premier concours de ski aux Pyrénées, à Payolle.
En 1909, l’administration supprime le bureau de l’enregistrement de Campan : Louis Le Bondidier, pour ne pas avoir à quitter un pays qui lui a tant donné, se fait mettre en disponibilité, et ouvre un hôtel à Payolle, en même temps qu’il est chargé de missions importantes pour le Touring Club de France et l’Office National du Tourisme.

Malheureusement, en 1913, de graves crises d’hémoptysie le contraignent à abandonner toute activité montagnarde d’ordre sportif et à quitter Campan pour une résidence plus proche de la plaine et mieux ensoleillée : Pouzac près de Bagnères de Bigorre.
Les mois d’inactivité dus à la maladie lui permettent de conforter les relations entretenues avec les grands du pyrénéisme de l’époque, et surtout de jeter les bases de ce qui allait être la grande œuvre de sa vie : le Musée Pyrénéen.
Il souhaite regrouper en un seul et même lieu tout ce qui a trait au pyrénéisme et à la vie dans les Pyrénées ; il possède déjà un fonds de départ important grâce à de judicieuses acquisitions chez les paysans ou en vente publique. Et puis, il y a sa bibliothèque qu’il s’attache à développer constamment.
Pour le local d’accueil, il pense très vite au vieux château fort lourdais qui sert, entre autres … de réservoir d’eau pour la ville. Appuyé par le Touring Club de France, il convainc la municipalité lourdaise et un bail de 99 ans est signé par le Touring Club qui est désormais locataire des locaux.

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Louis et Margalide Le Bondidier à Gavarnie
(Cliché Musée Pyrénéen)


Va alors commencer pour Louis et Margalide Le Bondidier une période d’intense activité qui, dès leur installation dans les murs du château, va consister à transformer une forteresse en musée d’arts et traditions populaires, et à installer dans le donjon une bibliothèque constamment enrichie qui fera du Musée Pyrénéen un centre d’études et de documentation incomparable.

Parallèlement à ce rôle de conservateur de musée, Louis Le Bondidier continuera de s’occuper de l’organisation du tourisme, du pyrénéisme en accompagnant de près le Bulletin Pyrénéen notamment, en écrivant et en se faisant lui-même éditeur, pour les carnets inédits de Ramond par exemple, sous le label des Editions de l’Echauguette.

Décédé le 9 janvier 1945, suite à une affection pulmonaire foudroyante, Louis Le Bondidier est enterré provisoirement au cimetière de Lourdes, avant d’être transféré – selon ses volontés – sur le turon de la Courade, à Gavarnie, au pied du cirque fameux et aux cotés de Franz Schrader ; il y sera rejoint en mai 1960 par son épouse Margalide.

G.R.







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