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CARNET N° 2 (Début août 1978- Mi-juilllet 1991)

CARNET N° 2
(Début août 1978- Mi-juilllet 1991)


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1978 (suite)

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Course 294 ; la face nord du Sirac photographiée depuis le refuge-hôtel du Giobernay par Henry Berge en 1989, onze ans après sa course de 1978 avec son oncle Henri Ferbos.
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Course 294 ; la face sud-ouest du Sirac peinte de mémoire par Henry Berge pour illustrer la course de 1978 dans un film en super 8.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

294/. 5 août. Épaule du Sirac (3370 mètres). Montée au refuge de Vallonpierre avec Henry et Michèle Berge* (et le mari américain de celle-ci). Site magnifique.

6 août. Seul avec Henry, le Sirac (3370 mètres). Partons tôt. Il fait encore nuit. Nous suivons une cordée partie avant nous qui nous égare : nous franchissons une crête et nous trouvons vers 2800 mètres dans le « chaos de Sirac ». Nous nous rendons compte que ce n’est pas la voie. Un grand couloir de neige raide monte vers la jonction de la crête des Capucins et de l’arête de l’épaule du Sirac. Montée rapide, la neige est bonne. On finit par des banquettes faciles. Enfin le soleil sur la crête. Surprise : sur des vires exposées au sud, un énorme lapin des neiges blanc (« lièvre variable ») prend le soleil... Allons au sommet (3370 mètres) et descendons sur la brèche de la voie normale. Un petit rappel est nécessaire pour atteindre le glacier de Vallonpierre. Rimaye. Belles ramasses. Retrouvons Michèle au refuge. (Le mari est d’assez mauvaise humeur).
(Retour par la Provence, Banon puis Cap d’Agde).

294/. (NDLR : Henri Ferbos s’est trompé dans son décompte ; son cahier recense deux courses numérotées 294). 27 août. Avec Pierre*, Pic de Ger (2613 mètres). Rencontre chaleureuse avec le musicien Maneveau* et son amie Isabelle.

295/. 2 septembre. Traversée du Pic de Pinède (2861 mètres). Avec Jean*, Pierre* et Jacques Pascal*. Depuis la cabane d’Estaubé, par la voie de l’entonnoir et l’arête de la fenêtre. (Jacques fait partir un bloc assez énorme. Sauvé par la corde). On descend sur la brèche de Tuquerouye par deux beaux rappels. (Hélas, le second se finit dans... ce qui sert de WC au refuge !) Belle ramasse dans le couloir.

296/. Avec Jean*, Paul* et Annie*. 9 septembre. Couché au refuge de Baroude.

10 septembre. Traversée du Port de Baroude (2534 mètres) à la hourquette de Chermentas (2439 mètres) par le Pic de Troumouse (3085 mètres, troisième fois), gravi par la face sud-est, le Pic Heïd (3022 mètres, troisième fois), le Gerbats (troisième fois également, descente face nord avec un petit rappel), le Pic de la Gela (2851 mètres, deuxième fois). Isards. (Photos). Sous la hourquette de Chermentas, nombreuses marmottes. Jean remonte jusqu’au refuge chercher le matériel et payer...

297/. 8 octobre. Seul. Pic des Aiguillous (2975 mètres, première fois en 1933 !). Premières neiges.

298/. Avec Pierre*. 26 décembre. Arbizon. Sarrat de las Lourides (2326 mètres). Pierre a un léger malaise. Le froid ?

1979

299/.16 juillet. Avec Pierre* (14 ans), nous plantons la tente au lac des Isclots. Soirée magnifique ; la tente est entourée par la neige encore très abondante.

17 juillet. Spijeoles (3066 mètres). Pour moi, c’est la septième fois (ce fut mon premier 3000 avec l’abbé Cantet* en 1934). Avons gravi le même couloir ouest et la brèche. Ce fut moins homérique qu’il y a quarante-cinq ans. Ledit couloir comportait alors un passage en glace. Ce devait être en septembre.

300/. 22 juillet. Avec Paul* et Annie*, Bernard* et Jacques Pascal*, montons au Grand Pic d’Estaragne (3006 mètres). Montée directe par la face nord-est toute en bonne neige. Beau temps froid. Jacques et Pierre nous ont quittés pour gravir le grand pic des Halharisès (2993 mètres). Photo de sommet à sommet. Ils nous rejoignent. Des vautours de grande envergure tournent au-dessus de nous. Nous avons entamé la descente par la crête est. Je veux mettre le télé 135 m/m. J’ai posé le 50 m/m entre des cailloux sur le fil de la crête, assez étroite à cet endroit. Pendant que je me tourne pour tirer les vautours, l’objectif tombe... Nous le voyons rouler sur la neige jusqu’au bas de la face... Au moins 300 mètres... Je prends la ramasse en suivant exactement sa trace jusqu’à un petit pont de neige où il a disparu dans le torrent. Recherches. On soulève des pierres, mais on ne retrouvera rien. (Naïf, je fais même un cairn pour retrouver l’endroit si je peux revenir quand la neige aura fondu ; je n’y remonterai pas). Cela n’empêche pas un casse-croûte joyeux et un bon retour.

301/. 26 juillet. Avec les trois fils, bivouac à côté de la villa Meillon. (Celle-ci est rendue inutilisable par les crottes des moutons qui y ont trouvé abri). Nous dédaignons le refuge des Oulettes où il y a foule. Bonne nuit... du moins pour moi.

27 juillet. Arête de Gaube jusqu’à l’épaule grise (3051 mètres, quatrième fois). Jean est un peu malade. Temps orageux douteux. Paresse. On se transforme en spectateurs pour suivre deux cordées engagées sur le glacier du Clot de la Hount, l’une dans la goulotte de la voie centrale, l’autre dans la voie à droite (ouest) qui va vers l’arête. Dans la face nord, une cordée sort de la cheminée des Autrichiens. Beau spectacle. Retour plaisant, « ludique ». Aucun remords de n’avoir pas terminé l’arête.

302/. Trois Conseillers (3039 mètres, huitième fois). 13 août. Avec Pierre*. Bivouac sur les gradins de Cap de Long. Toujours le même bloc superbe. Bonne nuit.

14 août. « L’arête Ferbos » (troisième fois). Grande forme. Pierre marche très bien. Sommes rejoints au sommet par une cordée. Ils descendent avant nous. Nous les rejoignons sur la vire Musprat/Batan. Mauvaise rimaye. Le haut du grand névé est glacé. Les autres ont des crampons et les chaussent. Nous n’en avons pas. Je descends Pierre à bout de corde. Sorti d’affaire, il se décorde et part joyeusement. Je devrais poser un anneau de corde et descendre en rappel. C’est évident. Mais je n’en fais rien : euphorie de fin de course, surestimation de mes moyens sur ce genre de terrain. Je commence la descente en taillant, puis je me lance en ramasse. Je tiens à peine quatre à cinq mètres. Je prends trop de vitesse. C’est la chute. Je tombe mal sur le côté. Je me remets droit, mais ça va horriblement vite quand j’essaie d’ancrer le piolet. Au lieu de mordre la glace, il rebondit et la panne m’ouvre la joue droite. Je n’ai pas très mal et pas peur du tout, bien que ça saigne abondamment. Je sais que la pente va s’adoucir et je retrouve la neige dure où le piolet s’enfonce. Une seule idée : les ennuis d’une descente en hélicoptère ! Pierre, qui a tout de même vu le spectacle, remonte vers moi. Je suis sur mes jambes quand il arrive : « Papa, vous allez avoir une ride de plus ! » En effet, au fond de la plaie, on voit la glande salivaire. Il est 16 heures. Je peux fort bien descendre... Puis conduire. Le pharmacien de Saint-Lary ne voudra rien faire... Ça relève de la chirurgie. On me recoudra à la clinique de Lannemezan, vers 21 heures. Bien belle course mémorable !

303/. 27 décembre. Avec Pierre* et Jacques Harang*, pic de Chérue (2198 mètres). Enneigement magnifique. Nombreux isards. Photos.

(Pyrénées : trois cent dix-neuf sommets, dont cent soixante-dix 3000 ; soixante-douze différents.
Alpes : quarante-huit sommets, dont trente-et-un 3000 et sept 4000).

1980

304/. 5 avril. Avec Isabelle*. Montée au Signal d’Espelunguère, à la pointe 1986 mètres. (Au-dessus des Forges d’Abel).

305/. 30 mai. Avec Jean*, Pierre* et Bernard*, l’éperon nord-est du Monfaucon (2712 mètres). La neige tient mal et le temps est mauvais. Trouvons le verglas dans le mur entre des deux pointes. On bat en retraite. A la descente, nous faisons partir une petite avalanche...

306/. 11 mai. Isabelle*, Jackie* et Jacques Harang* et Benjamin*. Montons à l’hospice Rioumajou et au col d’Ourdissétou (2400 mètres ; deuxième fois, la première en 1932).

307/. Avec les trois fils, plantons deux tentes au lac Sausset. Feu...

22 juillet. Gravissons le pic Belloc (3008 mètres) par sa face nord-est. Raide et pas très solide. Vue magnifique. Est-ce le Montcalm loin à l’est ? Descente sur la brèche. Il y a des pénitents de glace sur le névé...

1981

(Amour et amitiés : la mer l’a emporté sur la montagne...)

1982

308/. En février. Avec Isabelle*, vallée du Bitet. Cabane Laiterine (1680 mètres).

309/. 29 août. Avec Isabelle* au sommet du pic d’Estremère (2116 mètres).

1983

310/. 22 janvier. Seul (pendant qu’Isabelle* fait du ski à Espiaube avec Jean*) Cap d’Armada (2462 mètres).

311/. 12 mars. Avec Isabelle*, lac dets Coubous (2041 mètres) depuis le pont de la Gaubie (1548 mètres). Belle neige. Beau bain de soleil.

(27 juin, mort de Charlotte*).

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Course 312. Isabelle Gallais/Léveillé dans la quèbe du cirque de Moundheils, sur le versant nord du massif de l’Ossau.
(Photo Henri Ferbos).

312/. 14 septembre. Avec Isabelle*, Bious-Artigues. Cirque de Moundeilhs. Visite à la quèbe.

313/. 1er novembre. Seul, monté au col d’Aran et au plateau d’Esturou (1863 mètres). Neige fraîche, vent et brouillard. A la descente, un beau spectre de Brocken. (Chapelle de Houndas, midi, retour, 19 heures).

1984

314/. 10 mars. Avec Isabelle*. 14h30 au plateau du Benou. Plateau de Roland (880 mètres). Montés à la crête par la Serre de Loume. Cabane de Garrietche (1251 mètres).

(26 juin, mort d’André Guérin*).

315/. 25 novembre. Avec Jean*. Départ d’Arreau. 8 heures, Garin. Manquons le chemin au départ, montée directe pénible. L’Ourtiga. Couret d’Esquierry (2131 mètres). La neige tient mal, renonçons à l’arête du Pic de Nord Nère. Montons au Montségu (2354 ou 2405 mètres ?) Très belle vue. Descente par le Cap de Pales.

1985

316/. 13 février. Paul* et Annie* sont à Lescun. Je les rejoins. Montons avec les enfants à la cabane d’Itchaxe (1500 mètres ?)

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Course 317. Pause-lecture à Payolle pour Isabelle Gallais/Léveillé, plongée dans un roman de Georges Simenon.
(Photo Henri Ferbos).

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317/. 9 mars. Avec Isabelle*. Payolle. Cabane de Camoudiet. Col Bédouret et première pointe de la crête de Coste-Oueillère (1916 mètres ; pointe neigeuse « idéale »). Le tout en raquettes. Neige fraîche.

318/. 12 juin. Avec Jacques Harang*, le Mailh Massibé (1978 mètres). Temps couvert.

319/. 1er juillet. Monté avec Isabelle* jusqu’au lac d’Ayous. Je l’y laisse faire une sieste au refuge, continuant par le lac Bersau et la crête (2026-2103 mètres) jusqu’au bout, au-dessus du col du pic Castérau. Flore superbe. Retour au refuge. Fais connaissance avec « Lou Ministre » (l’âne du refuge). Gardienne très sympathique et belle*.

4 août. Orédon. Promenade au-dessus d’Aumar.

320/. 16 août. Avec Paul*. Passés par le tunnel de Bielsa, remontons la vallée de Barrosa. Cabane de Barrosa (1760 mètres). Les vaches en ont fait une étable. Paul procède à un nettoyage méthodique. Il y couchera, moi j’installe ma petite tente-parapluie au-dessus, sur une épaule. Emplacement superbe. Les marmottes s’agitent à deux pas. Je réussis une bonne photo. Très belle soirée.

17 août. Gravissons le Robinera (3003 mètres) sous la face sud du pic de Troumouse qui, d’ici, a grande allure. Une harde d’isards nous attend sur la crête sommitale puis dévale au-dessous de nous, coupant nos traces sur le névé. Le Robinera (ou Las Louseras) est un très beau sommet. Nous nous promenons sur la crête. A nos pieds, le Circo de la Munia, avec ses lacs, est superbe. Retrouvons la voiture après vingt-neuf heures en montagne.

321/. Avec Isabelle*. 31 août. Encore le tunnel. Plantons la tente à l’Ermita de Pineta (1300 mètres ?)

1er septembre. Montons le chemin du balcon de Pineta jusqu’à vers 2500 mètres. Le temps se couvre. Isabelle a froid et en a assez.

322/. 17 septembre. Pic d’Anie (2504 mètres). Seul. Montée à la station d’Arette (1650 mètres). Dans le lapiaz, pour ne pas redescendre, je quitte le chemin pour suivre des balises qui doivent être celles des spéléos... Grave erreur !... Petits passages d’escalade pour passer d’un trou à l’autre sous un soleil de plomb. Le vrai désert. Petite cheminée facile pour rejoindre le chemin sous le sommet. Au sommet, un groupe de quatre filles avec un type de Lescun qui a connu Louis Asserquet*. Ils descendent et je reste avec un « accenteur alpin » qui picore autour du cairn et se laisse photographier. Je vois monter à grande vitesse un jeune homme en baskets, sous un très gros sac. Arrivé au sommet, il m’offre aimablement de l’eau... (Je n’en ai plus depuis longtemps). Surprise. Il porte dans son sac une vache de camping de dix litres pleine. C’est pour s’entraîner. Conversation très sympathique. (Est-ce Eric Petetin* ?) (Non). Retour par le col des Anies et le bon chemin des dolines... A la première ombre, je casse la croûte, torse nu, un peu trop longtemps... Dans huit jours, je paierai cela d’une bonne angine ! À Arette, je m’offre un plantureux repas avant de reprendre la route.

322 bis/. Venu à Luchon pour rencontrer M. Volovatz* (neveu des frères Spont*) à la suite d’un article sur ceux-ci. Monté seul de l’auberge du Lis au lac de Graoues et au lac Calinda ; de là au col de Pinata et à la borne 2180. C’est le jour d’ouverture de la chasse. Horreur ! J’aide un chasseur à tirer du torrent sa victime -un superbe isard- et à la descendre jusqu’au Lis ! (Il y a bien cinquante chasseurs dans le coin, tous bredouilles...) (NDLR : « Erreur, c’était le 27 septembre 1986 », a noté Henri Ferbos en marge de cette relation. Se reporter à cette date)

323/. 13 octobre. Lac de Fabrèges. Montée au Chérue (2195 mètres) avec Isabelle* et Pascale*. Lumière superbe. Isards. Dieu, que le monde est vivant ! (Ou plutôt : combien femmes et hommes et bêtes rendent vivant un monde mort !)

1986

324/. 19 janvier. Col d’Aspin. Traversée de la crête de Bidou (Plo del Naou, 1754 mètres) jusqu’à la Hourquette d’Ancizan et retour. Seul en raquettes. Dans la neige fraîche, sur la crête, de très belles traces de posé de grands oiseaux. (Tétras ?)

325/. 27 février. Avec Isabelle*. Départ Pau, 14h10. Castet. Granges de Lasbordes et d’Espioubet. Montons vers le col de Jaout jusqu’à Escalac. Retour Pau 19 heures.

326/. 20 mars. Barèges. Chemin de la montagne fleurie. Monté seul au-dessus du plateau d’Aygat, vers le Pène det pouri.

327/. 14 avril. Avec Isabelle*, Pic de la Peyrie (1579 mètres). Départ Pau, midi. Sommet, 18 heures. Neige très profonde. On enfonce malgré les raquettes.

328/. 20 mai. Avec Jacques* (mon « grand frère »), cabane de Peyrelue. (Soldats espagnols à l’exercice au port vieux de Sallent !) Isards. Montons à la pointe 2177.

329/. 7 août. Pluie diluvienne à Saint-Lary. On y va quand même. Avec Paul*, plantons nos petites tentes sur la deuxième terrasse au-dessus de Cap de Long. (Sortie du brouillard à Orédon).

8 août. Montons au Pic Maou (3074 mètres). Départ 8 heures. Hourquette de Cap de Long, 11 heures. Crête facile qui bute sur un ressaut terminal. Cheminée de vingt mètres, dont dix bien verticaux. On sort sous des lames formant surplomb. Sommet, 12 heures. Belle vue plongeante sur le Gourg, mais le glacier du Pic long est réduit de moitié. Il fait de la peine ! Descente sans corde assez « délicate ». Aérien. Retour à la hourquette. Long arrêt-buffet sur un balcon du versant Gèdre. Isards, mais nous observons surtout les milliers de criquets qui dévorent en rond les dernières touffes d’herbe.
(Demain, seront au concert à Valcabrère. Jean-Baptiste Brosse* au clavecin jouera du Byrd, Couperin, Rameau et Soler).

330/. Montée au Marcadau avec Isabelle*, Sylvie* et Jean-Claude*. Je m’échappe seul jusqu’aux lacs de Cambalès.

331/. 6 septembre. Seul. Ma petite tente au Chiroulet (1110 mètres).

7 septembre. Monté au lac Bleu. Je le contourne par la rive gauche. Source. Arrêt une heure. 15 heures, sommet du soum de Moutarra (2463 mètres). Descente sur un laquet superbe (2097 mètres), puis par le lac vert (qui est plutôt rouge ?)

331bis/. (NDLR : Henri Ferbos a rédigé sur une feuille volante intercalée dans son cahier une relation des 27 et 28 septembre 1986 différente et complémentaire de celle que l’on a pu lire sous le numéro 322 bis). 27 septembre. Luchon (Royal Hôtel).

28 septembre. Auberge du Lis, 8h30 (1100 mètres). Chemin du lac Vert. Cabane d’Artigues. Cascades d’Hourcadade. Cabane de Coume (source). Avant le lac Vert, croupes raides sud vers le lac de Graoues (2291 mètres). Casse-croûte au-dessus du lac. (13 heures). Chemin horizontal dans paroi du ressaut ; au deux-tiers, éboulement : « passage délicat » ! Lac Celinda (2395 mètres). Montée vers la crête nord-nord-ouest du Sacroux (vers 2500 mètres) ; descente le long de la crête sur le col de Pinata (2152 mètres ; 15 heures). Crête des Cabales jusqu’au point 2180. Retour sur la Coume. En dessous des cascades, rencontre d’un chasseur qui traverse le torrent avec un isard qu’il vient de tuer dans le bois très raide de la rive gauche. Je l’aide... Auberge du Lis, 18 heures. (Déception : pas d’œufs au jambon -« interdit »- rien que trois crêpes et une bière).

9 novembre. Avec Isabelle*, Arette, promenade au Soum de Lèche (1839 mètres) dans un vent infernal.

(Trois cent trente-cinq sommets, dont cent soixante-treize 3000 ; soixante quinze différents).

1987

11 mars. Lescun. Avec Isabelle*, nous montons à Labérouat (à pieds !) jusqu’à la cabane d’Ardinet (1500 mètres).

332/. 19 avril. Avec la même, col de Marie-Blanque (1035 mètres). Pic d’Escurets (1440 mètres). Petit, mais très beau. Retour par Escot et Arudy. (Arrêt « Au bon coin »).

333/. 2 mai. Soques, avec Isabelle* et Anne-Marie*. Montée directe au-dessus de la cabane de la Glère (isards, marmottes). Pic de Pombie (2198 mètres). A toute crête, petite escalade calcaire ; on rejoint le col de Suzon. Je monte seul au Saoubiste (2261 mètres). A la descente, photos d’isards.

334/. 8 mai. Isabelle*, Pascale*, Sylvie* et Jean-Claude*. Voiture au pont de l’Hourc (825 mètres). Panneau trompeur. Je respecte bêtement un sens interdit et m’engage à gauche sur le chemin de la forêt de Hourc. Il faudra deux heures à travers bois pour rejoindre... le terminus de la bonne route. Montée au Soussouéou. Sylvie est fatiguée. Jean-Claude s’arrête avec elle. « Découverte » du Soussouéou à 17 heures. Descente. Nous retrouvons Sylvie et Jean-Claude qui sont montés jusqu’au « jardin » au bord du gave (avant l’avalanche).

335/. 12 juillet. Candanchu. Je retrouve Jean et Xavier Defos du Rau* et Jacques Dayraut*. Bonnes retrouvailles à l’hôtel Edelweiss.

13 juillet. Montée à Astun. Arrêt au lac del Escalar. Montée directe au Pic des Moines (2349 mètres). Descente sur le col des Moines. Retour au pas de promenade. Coucher à Candanchu, mais le temps s’est gâté. Nous n’irons pas demain au Pic d’Aspe.

Le 14, retour à Pau sous la pluie. Arrêt à Etsaut.

336/. 28 août. Monté seul. Plante la tente au « jardin », clairière avant le Soussouéou (1300 mètres ?) Feu. Solitude en forêt plus impressionnante...

29 août. Depuis la cabane du berger de Soussouéou, remonté l’Arre par la rive droite. Flore et insectes surabondants et magnifiques. Je recoupe le GR10. Surprise ! Tout d’un coup, un large chemin. C’est celui des anciennes mines. 10 heures, arrêt ruisseau sous le petit lac d’Arre. 11 heures, montée directe vers les mines et les crêtes. J’aboutis entre Pène Blanque et l’Arsourins (2614 mètres). Je vais aux deux. Reste sur la crête de 13 heures à 15 heures. Descente même voie. Arrêt au ruisseau, 16h30 - 17 heures. Voiture, 19 heures. Laruns : bière !

337/. 19 septembre. Avec Isabelle*. Avec Paul*, Yves Testu* et sa femme Annie (directeur du Conservatoire de Niort). Pont de Saugué pour le pique-nique. Montée au refuge des Espuguettes. Bonne soirée, bonne nuit.

20 septembre. Piméné (2801 mètres). Montée facile et rapide. Nous restons longtemps au sommet. (Hélas, un peu trop de monde...) On prend bien son temps pour la descente. Tant de belles choses à voir.

338/. Venant de Biarritz (où nous nous sommes retrouvés, Laclau* et Max Gailhac*) coucher à Saint-Jean-Pied-de-Port (hôtel minable).

26 octobre. Col de Burdincurutcheta (1135 mètres). Chalets d’Iraty (1284 mètres). Larrau. Col d’Erroymendi (1362 mètres). J’y laisse la voiture. 13h30. Crête infestée de chasseurs. (L’un d’eux me prend à partie !) 15 heures, sommet du Pic d’Orhy (2017 mètres). Vent du sud très fort.

339/. 2 novembre. Monté avec Jean* au lac de Bareilles et au col du Lion (2020 mètres). Jean « fatigué » (il travaille la nuit) s’arrête au col pour une sieste. Je monte seul au Pic du Lion (2102 mètres). Revenu au col, je remonte au Soum du Tech (2138 mètres).

340/. 18 novembre. Coucher à Cauterets (Hôtel César, où je termine « Femmes », de Solers).

19 novembre. Montée à la Fruitière (1371 mètres). Seul. Isards à deux cents mètres au-dessus. Robe sombre, presque noire. Tentative d’approche ratée. Lac d’Estom, 11h30. Verglas. A l’entrée du val d’Araille, vers 2000 mètres, la neige devient profonde. (Arc-en-ciel complet autour du soleil voilé). Sans guêtres ni raquettes, la montée vers le col de Labas devient de plus en plus pénible. Je suis tout près du col (2700 mètres) mais j’enfonce à mi-cuisses. Chutes entre des blocs. Il faut renoncer. Je descends en suivant strictement ma trace qui me paraît plus raide qu’à la montée. Au-dessus du lac, deux beaux isards. Je remonte pour essayer de les approcher. Photo manquée. Je ne tirerai que la trace d’un sabot à côté de celle de ma semelle... Fraternité ! La nuit tombe vers 18 heures. A partir du Pourtau de Limouras ; je marche à la frontale. Voiture, 19 heures. Je mange en écoutant du Lully.

29 décembre. En famille, Pierre* et Fanfan*, Bernard*, Jeanne* et Louise*, hourquette d’Ancizan. Le Broucouze (1654 mètres).

(Trois cent quarante-cinq sommets, dont cent soixante treize 3000 ; soixante quinze différents).

1988

27 janvier. À Cauterets, avec Isabelle*, Sylvie* et Jean-Claude* et Anne*. Ils vont faire du ski de piste. Je préfère revenir dans la vallée du Lutour.

341/. 28 janvier. La Fruitière (je compte vingt-et-un isards juste au-dessus de la Fruitière), cabane de Pouey-Caut. Montée au refuge Russell. Chemin coupé par une grande avalanche. Au-dessus, je mets les raquettes. Pénible et dangereux. Le temps se couvre. Je suis en haut du ressaut, mais je ne vais pas jusqu’au refuge. Retour voiture, 16h30.

(2 février. Naissance de Louis*).

342/. 3 février. Encore en solo. Castet. Voiture virage de Hounrède, 11h45. (950 mètres ?) Col de Jaout (1506 mètres). Montée au Pène de Louste. Lapiaz. 15 heures. A quelques mètres du sommet du Pic de Males Ores (1728 mètres), la neige cède sous ma jambe gauche qui s’enfonce dans un trou du lapiaz. Torsion... Petite entorse du genou. Je vais au sommet et descends en douceur. Genou enflé et douloureux. Voiture à 18h45. Il faudra deux mois pour réparer çà, ou plutôt pour que ça se répare tout seul, car je me garde bien d’y rien faire.

343/. Seul. Azet. Voiture jusqu’au virage au-dessus d’Estensan (1200 mètres ?) Un écureuil. Montée raide à la crête de Tragnes et aux rochers Peyre Aubas (1631 mètres). Tuc de la Batiadère (1737 mètres). Vue superbe. Suis très content de mon genou. Retour par la cabane de Pio det Lurs. Arrêt confortable. Retour à la voiture, 17 heures. Je cherche en vain l’écureuil.

344/. En route pour Thuir. Coucher à Ax-les-Thermes.

12 avril. Col de Puymorens (1930 mètres). Refuge de Cortal Rousso. Observe un grand bouquetin au-dessus du refuge. Arrivent deux jeunes skieurs. Je chausse les raquettes. Montée directe vers le Cap de Llaussade. Traversée nord pour rejoindre l’étang de Coume d’or (2466 mètres). Je monte jusqu’à un col au-dessus (2500 mètres ?) Vue sur le Pic d’Auriol et le pic de Madides (?) Descente dans le talweg. Bonne neige. Après le refuge de Cortal Rousso tombent quelques flocons. Au-dessus du col de Puymorens, sous la neige, vu six ou sept bouquetins. Je remonte pour essayer de les surprendre par le haut. Ça réussit. Je suis à peine à dix mètres. Ma pellicule est finie. Rageant !! J’arrive très tard à Thuir. Je suis trempé et crotté.

345/. 20 juin. Col d’Aubisque, 11h45. Soum de Grum (1870 mètres). Col de Louvie (1438 mètres ; chevaux superbes). Montée par Lacarra. Moulle de Jaout (2050 mètres), 14h45. Sommet dans le brouillard. Retour très long. Enfin l’Aubisque. Il est 19 heures. Genou un peu douloureux.

346/. Retrouvailles avec Pierre et Henriette Fougère*, + Michel Carteaud*.

4 juillet. Passons le col du Pourtalet dans le brouillard. Arrivés à Panticosa, nous installons au « Gran Hôtel » des Baños (1660 mètres). Luxe 1900 plein de charme.

5 juillet. Montée rive droite du rio Caldarès. (Le chemin prend à gauche de la petite centrale électrique). Très beau chemin. Gorges, cascades, vasques de granit sous l’eau claire bleue-verte. Long déjeuner à l’embalse de Bachimana alto (2207 mètres). Pierre et Henriette préfèrent redescendre sans fatigue. Je continue avec Michel jusqu’à l’embalse Azul baxo (2400 mètres). Le lac est bien en glace. L’Infierno assez impressionnant. Belle et bonne descente.

6 juillet. Tourisme : Jaca (bon déjeuner à l’auberge « typico » de la rue Paz), San Juan de la Peña, Santa Cruz.

7 juillet. 7h30. Départ vers le barranco de las Argualas. Nous suivons Ledormeur* et montons tout droit le grand ressaut dans la gorge du torrent. C’est raide, froid, enneigé et mouillé... Le passage était évidemment tout à fait sur la droite... On le prendra à la descente. Longues pentes raides de neige pour rejoindre le col de Pondiellos (2809 mètres). (Comme je suis le mieux chaussé, c’est moi qui fais la trace). Découverte superbe du versant sud de l’Infierno. C’est loin, et la neige devient bien profonde et tient mal. Deux gars descendent du Garmo Negro (3051 mètres). Nous prendrons leur trace. Cheminée pourrie. Nous préférons prendre le rocher à notre droite. On finit par un petit fronton assez vertical (deux petits pas de III). Sans corde. (Elle est restée dans le sac au col !) Je suis un peu inquiet pour la descente. Aussi, nous n’irons pas au deuxième sommet (nous sommes à la pointe 3011, dite « Aiguille de Pondiellos » dans la liste des « 195 », Juan Buyse, Pyrénées, n° 154), pressés d’en avoir le cœur net... Inquiétude bien inutile. On trouve un cheminement facile, mais l’ensemble est raide : on voit les Banos comme d’avion. Retour plaisant. Arrêt à une source magnifique.

8 juillet. Tourisme. Biescas. Puerto de Cotefablo (1423 mètres). Torla. Bain dans le rio Ara. Ainsa. Bielsa (Abominable ! Trois supermarchés !) Hôtel « Valle de Pineta ».

9 juillet. 8 heures. Petit déjeuner de luxe au parador de Pineta ! (T.B.) Retour sur Espierba. On laisse la voiture. Long chemin à travers les églantiers en fleurs. Beaux papillons noirs. Arbres vivants et morts. La carte se révèle tout à fait fausse. Arrivons tout de même au Pico d’Estiba (2132 mètres). Belvédère idéal. On veut descendre en continuant par l’est à travers l’Estiba... Aucun passage. Nous revenons sur nos pas et reprendrons la voie de montée.
Retour en France par le tunnel. Trouvons Jean* à Saint-Lary, puis Nicole* et Louise* à Hèches chez les Pascal* où il y a un beau groupe de jeunes. Enfin Pau, à la nuit.
Six journées bien remplies. (La dernière course faite avec Pierre et Henriette était le Gran Paradiso, 4061 mètres, en 1969 !)

347/. 26 août. Avec Isabelle* et Didier* et Marie-Noëlle*, partons à 12 heures pour Panticosa. Banos (1660 mètres), 16h30. Montée rapide et « directe » jusqu’au Foyas d’O Brazato (2300 mètres). Traversée vers l’est et descente sur l’ibon inferior d’O brazato. Retour par le chemin. Banos, 21h30. Dîner hôtel, 22 heures.

27 août. Montée chemin de Batchimana. Arrêt pique-nique en haut des cascades, sur de belles dalles de granit, rive gauche, au bord d’une vasque... féérique... Quatre jeunes Espagnoles viennent s’y baigner. Isabelle et Marie-No suivent leur exemple. Le plus beau des spectacles. (Beaucoup plus qu’un « spectacle » : le regard « boit » la vie même). Soleil.

28 août. Départ 10 heures. (Marie-No, qui s’est blessée au pied, reste aux Banos). Montons le barranco des Argualas. Allons au sommet du Mallata alta des Argualas (2242 mètres). Arrêt casse-croûte d’au moins deux heures. Avons honte de notre paresse et décidons de repartir plein ouest vers le col des Argualas. Isabelle nous attend à la base d’un grand talweg qui nous mène, Didier et moi, en haut du dernier ressaut, sous la crête, entre Arna et Pico d’Algas, à environ 2800 mètres. On ne va pas au bout, Didier doit être à Pau ce soir. Bières aux Banos. (Pau. Au compteur, cent quatre vingt dix kilomètres aller-retour).

348/. 5 septembre. Départ Pau 15 heures, avec Isabelle* et Didier*. Goust (800 mètres). Montée en forêt superbe au col de Lusque (1458 mètres), puis à la cabane de Besse (1572 mètres). (En chemin, rencontre de Marène* et de son berger Joseph*. A la cabane, une Sylvie et un autre beau berger. Le site, les nuages de moucherons dans le soleil, la peau des filles, tout est « doré »). Retour en ramassant des champignons.

Jeudi 15 septembre. Rosane*, Paul* et Louis* (7 mois), arrivent à Pau.

Vendredi, montée à Arrens et à la « bergerie » des Merle* (les parents de Rosane). Très mauvais temps, les chemins sont presque impraticables. Nous arrêtons la voiture dans un pré. L’endroit est très beau. La bergerie équipée juste assez mais point trop. La cheminée va « tirer » joyeusement. Louis supporte le changement de fort bonne humeur.

Dimanche 18. Le temps se lève sur les sommets couverts de neige.

349/. À 11 heures, je pars seul. (Paul est descendu à Arrens) vers le Pic de Berbeillat (1633 mètres). En montant, à la lisière des arbres, un couple de chevreuils -robe fauve claire, superbes- ; ils ne fuient pas. J’ai le temps de les observer (deux photos). Remontée, détours, descente en sous-bois pour essayer de les revoir. En vain. Suite, montée assez raide, au plus court. Sommet très beau. Une petite cheminée pour accéder au troisième sommet d’où l’on voit la bergerie des Merle. Retour à 14h15. J’ai bien marché.
(+ 322ème bis. Voir plus haut).

351/. 21 septembre. J’accueille Jean Defos du Rau* en gare de Pau à 9h40. Départ vers 11 heures. Nous déjeunons à Saint-Béat dans un petit bar « popu ». (C’est aussi abondant et bon que modeste). Descendons vers Pont de Suert, mais prenons à gauche la vallée de Bohi jusqu’au barrage du lac de Cavallers où nous laissons la voiture (1781 mètres). Très belle montée au refuge Ventosa y Calvell (2150 mètres). 18h30. Le gardien n’est pas là. Je vais reconnaître le départ du chemin pour demain. Enfin le gardien arrive. Sympathie. Bonne soupe. Nuit très pénible. Jean, inquiet, ne cesse de s’agiter.

22 septembre. Départ 8h30. Cheminement superbe, bien cairné. Les trois premiers lacs rive gauche, puis descente vers deux étangs que l’on passe rive droite (« estanyols »). Remontée dans un vallon qui finit en couloir. Il y a beaucoup de neige fraîche qui tient mal. Arrivons à l’Estany de Monges. Large bassin au pied du Montardo. (Étalons noirs, fiers). Entamons la montée vers la crête. Jean commence à douter - il y a des nuages très noirs sur les Bésiberris - ; il fatigue et décide de s’arrêter vers 2600 mètres. La crête est toute proche et le sommet pas très loin. Pour moi, débat cornélien : suis-je un égoïste si je continue seul, suis-je un timoré et un paresseux si j’y renonce ? Jean (74 ans et presque aveugle) n’est visiblement pas « épuisé ». Il est seulement fatigué et n’en a plus envie. Il n’est que 11 heures et le temps tient encore... Je décide d’y aller « en vitesse ». Je monte direct un couloir herbu raide sous la plus haute brèche. Au-delà, je retrouve la piste facile. A 11h45, je suis au sommet du Montardo d’Aran (2830 mètres). Les monts Maudits sont dans les nuages. On devine à peine le Maubermé et le Valier. Seuls les Bésiberris et la Punta Alta apparaissent dans les mouvements des nuages. Les Aiguilles de Travessani ont fière allure. Vue plongeante sur l’Estany de Mar et la Restanca. (Présence surabondante de toutes ces choses nommables. Mon effort maladroit pour les identifier et leur donner leur « vrai » nom rencontre une résistance de l’étrange, comparable à la résistance des pentes raides à l’effort de mes jambes. On connaît bien à la fois par les jambes et par les noms). Retour à la brèche. Descente en un quart d’heure. Ça va assez bien. Je retrouve Jean bien reposé. Au plat du lac de Monges, nous sommes si près du col de Crestada (2475 mètres) que j’y monte pour mieux voir le côté Restanca. (Entre pâturage et plaques de neige, il y a maintenant d’étonnantes juments et pouliches roses, un rose tacheté de gris. Les poulains bandent superbement).
Descente très, très lente. Quelques gouttes de pluie. Jean voudrait recoucher au refuge... J’arrive à le convaincre... Nous serons vers 18 heures à la voiture en passant littéralement entre les gouttes. Nous aurons au Pont de Bohi, à l’Hôtel Pascual, une baignoire et un bon lit. Demain, retour à Pau sans histoire.
(Voir photos et article de Jean Ritter dans « Pyrénées », 1988, n° 4).

352/. 13 octobre. Marcel Paillassa* vient me prendre à 7h30. Partons pour le Pont d’Espagne dans une belle 309 blanche toute neuve. 9 heures, parking. Montons au Cayan par le vieux chemin de la rive gauche (bien plus agréable que la nouvelle route). Prenons à droite de la cabane un bon raccourci qui évite les lacets et aboutit en haut du ressaut. Après « le petit Marcadau », Marcel me montre au pied d’un bloc un bout de barbelés rouillés, « souvenir » des Autrichiens-Allemands qui avaient installé là un barrage qui fermait le chemin. (Naïveté des militaires).
Les nuages s’accumulent sur le port du Marcadau et la Muga où nous avions l’intention d’aller. Il tombe un peu de grésil. 11 heures au refuge. Le vent devient très fort et très froid. Le nord se dégage. Long casse-croûte. 12h30. Puisqu’il fait beau au nord, allons au nord, nous ferons le tour de la Cardinquère. Cabane Cénac, lac Nère, lac du Pourtet (le vent qui ne cesse pas y fait des vagues). Col (2450 mètres). (Entre les deux lacs, un isard que nous essayons de suivre...)
Descente par l’Embarrat et ses lacs. Magnifique. En arrivant dans la forêt, sur une épaule du ressaut, cinq isards qui se tenaient à l’abri sous le chemin jaillissent littéralement sous nos pas. Je voudrais flâner, mais Marcel est pressé de tranquilliser Jeannette*. Parking vers 18 heures. Un jeune couple espagnol y arrive peu après nous. Marcel conduit un peu vite... Au troisième ou quatrième virage, dérapage sur le gravillon. On se retrouve la voiture couchée sur le flanc gauche... Gros dégâts. J’ai seulement très mal au cou. Marcel n’a qu’une égratignure au bras. Les Espagnols nous portent jusqu’à Pierrefitte (ils sont adorables) où M. Gallais* viendra nous chercher.

353/. 8h30. Départ avec Didier* pour Aste-Béon (460 mètres). Montons par le vieux chemin au cabanot du Port d’Aste. 11 heures, col (1362 mètres). Prenons les crêtes du Jaout à l’est du Tousseau (1693 mètres). Rejoignons le col de Lallène, de là le Pic de Lallène (1857 mètres). Une compagnie de vautours passe le col juste à notre hauteur, superbe. L’un d’eux passe à une trentaine de mètres (je n’ai pas l’appareil !)
Du pic, Didier continue jusqu’au Jaout qu’il n’a jamais gravi. Moi, je préfère jouir du sommet. Vue aérienne sur la plaine d’Oloron à Tarbes et sur le bassin pastoral d’Escalac. Avec ses dolines, on dirait un sol bombardé que l’herbe aurait reconquis. Au sommet même, les colchiques sont en touffes. Je mange. (Seul et transpercé de plaisir par tous les sens). Les clarines des troupeaux donnent un concert. Accord de ces multiples impressions. Je commence la descente à toute crête. Didier me rattrape au sommet du Tousseau. C’est un rapide. On continue la descente à toute crête. Beaux edelweiss. La fin de la descente... douloureuse. Voiture vers 17h30.

354/. 5 novembre. Départ 9h20, arrivée Eaux-Bonnes 10h20 sans se presser. Montée dans la forêt d’Assouste, superbe. La musique des feuilles au rythme des pas. C’est plus qu’un bruit. Sur ce fond, un clocher chante... Quelques coups de fusil... Un âne braie. (« Pensée » musicale tout à fait « logique »). Midi et demi, cabane de Gourziotte (900 mètres en deux heures ?) Vieille cabane en bon état dans un bassin pastoral très beau. J’y trouve deux jeunes. Long casse-croûte. Du col oriental de Gourzy au col de la Brèque, à toute crête par le Pic Balourd (1917 mètres). Solitude parfaite. De la « passe de la Brèque », retour au col de Gourzy. Il est encore bien tôt pour redescendre. Je monte au Signal du Gourzy (1826 mètres). Vu un gros oiseau posé plus bas sur un bloc. Je laisse sac et bâton au sommet et descends pour l’approcher. Photo ? Raté. Il faut remonter. En descendant, au-dessus de la cabane de Gourziotte, deux chiens poursuivent un isard. J’aimerais tuer les chiens.

(Trois cent cinquante quatre sommets, dont cent soixante quatorze 3000 ; soixante seize différents. Dix-neuf jours en montagne).

1989

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Course 355 ; le pic Lavigne (vallée d’Ossau), 11 janvier 1989. Jacques Harang sous le sommet.
(Photo Henri Ferbos).

355/. 11 janvier. Le Lavigne (2018 mètres). Rendez-vous avec Jacques Harang* au carrefour de Sévignacq. Laissons la voiture au lac de Fabrèges (1238 mètres). Le lac est gelé. Départ 11h30. Parti bronchiteux et courbatu... Le miracle s’opère : montée aisée et rapide. Je prends le grand raccourci de débardage. La neige gelée tient bien. Après la sortie de la forêt, c’est une autre histoire : congères de poudreuse ; il faut mettre les raquettes. On passe à la cabane de Chérue (très bien équipée et propre) mais on ne s’y arrête pas. Nous repartons tout de suite en traversée pour le col de Lavigne. Nombreuses traces de bêtes, mais nous n’en voyons pas. Plaques glacées sur des pentes raides. Jacques veut mettre les crampons. Nous les mettons... Las !! Les plaques finissent et nous ramons dans les congères. Je décide de renoncer à la traversée et de descendre vers le talweg sous le col. Les pentes sud du Lavigne sont déneigées et nous y voyons une trentaine d’isards qui s’y chauffent au soleil. Arrivés à la première herbe, nous laissons crampons et raquettes pour gravir le pic tout droit par ses pentes sud raides mais déneigées. Nous suivons des sentes d’isards. Atteignons la crête du sommet est. Vue superbe sur les « abîmes » nord tout plâtrés de glace. Le Chérue et l’Ossau sont immenses. Il est 14h45. (Trois heures quinze avec les manœuvres de raquettes et de crampons et les congères, ce n’est pas trop mal !) Pour aller au sommet ouest, il faudrait s’encorder. Il y a des corniches. Paresse délicieuse : on y renonce... et on redescend jusqu’à une petite niche confortable abritée. Nous mangeons enfin (je suis mort de faim) et bavardons tout notre saoul. (Nous philosophons contre le pessimisme et évoquons nos amours). Mais les ombres montent et un vent glacé nous rappelle qu’il faut descendre. Congères pénibles... Nous suivons le talweg. On enfonce parfois « jusqu’à l’enfourchure ». J’ai l’onglée.

356/. 25 janvier. 9 heures, place de la mairie, à Nay. Montons au lac du Tech (1200 mètres). Le lac est gelé. Départ 10h45. Montée en sous-bois. Grand froid. La doudoune n’est pas de trop. Traces dures. A la sortie du bois, sur l’Artigue, neige poudreuse. Nous chaussons les raquettes. Cherchons à traverser à la prise d’eau ; devrons passer plus bas ; il faut déchausser les raquettes. Montée raide. Casse-croûte sur le dernier carré d’herbe au soleil. On rechausse. Passages raides avec poudreuse sur des plaques de glace. Jeu d’équilibre délicat. Enfin, la cabane de Bouleste (1600 mètres ?) Porte restée ouverte ; la neige est entrée. Jacques* la vide et je fais un peu de nettoyage. Manger réchauffe.
Partons plein nord sur une croupe sous le Bassia. C’est très raide et très glacé. Jacques chausse les crampons. Je continue en souliers (paresse ou goût du risque ?) Arrêtons à la première pointe du Bassia (1900 ou 2000 mètres ?) Nous levons un petit vol de perdrix des neiges. Vue sur le col d’Uzious et le Sanctus, jusqu’au Gabizos qui semble tout près. (Six cents à sept cents mètres plus haut...) En face, le pic d’Arcoèche et le « Soum de Bassia de Hoo » (!) splendides. Les crêtes du Grand Arroubert font très haute montagne. Un coup de vent glacé nous chasse. Je mets les crampons... la descente est un plaisir. Retour à la cabane. Nous voulons boire : l’eau a gelé dans la gourde à l’intérieur du sac de Jacques. Problème de la fermeture de la porte. Est-ce que ça tiendra ? Descente. On garde les crampons. Je les enlève à l’Artigue, Jacques les garde jusqu’à la voiture. Y arrivons à la nuit. Nous nous offrons un bon repas à l’Hôtel de France.

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Course 357 ; le Mardas ; 8 février 1989. Monique et Jacques Harang au sommet.
(Photo Henri Ferbos).

357/. 8 février. Le Mardas (2188 mètres). Jacques* et Monique*, exacts, sont au parking à 8h30. Nous partons avec ma voiture. Arrêt à 749 mètres au départ de la route du Bitet. Conscience écologique oblige... Ce soir, nous regretterons tant de « scrupule » ! On démarre à 10h45. Il fait très froid. Verglas par grandes plaques sur la route. Le pont est particulièrement « casse-gueule ». Nous montons dans la forêt, très belle, mais (deuxième erreur) nous manquons une bifurcation et montons manifestement vers le lac d’Isabe... Les pentes nord sont sinistres. Nous voyons les pâturages de Cuyalate, sous nous, tout ensoleillés. Décision vite prise : nous redescendons (100 mètres ?), coupons dans le bois - il y a une trace -, traversons le ruisseau et retrouvons notre chemin un peu au-dessus de la nouvelle cabane de Cuyalate (bien moins belle que l’ancienne). Montée sans histoire... (Voilà l’arbre mort où Isabelle s’était allongée comme un félin en février 1982. Voici le piton où nous nous étions arrêtés avec Gina* en avril 1976...) Nous n’allons pas vers la cabane Laiterine ; appuyons tout de suite vers la droite. Long arrêt-buffet dont il y avait grand besoin. Nous avons déjà fait nos bons 1000 mètres.

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Course 357 ; le Mardas (vallée d’Ossau),
8 février 1989. Pause près de la cabane de Laiterine ;
au loin le col d’Iseye.
(Photo Henri Ferbos).

On repart en traversée vers le Mardas. Il y a des petits couloirs raides où la neige est gelée. Arrivons à la crête sud du Mardas (pointe 2075). Belle remontée par le fil qui est assez aérien à l’est -corniche- ; les compagnons, qui ne sont pas très rassurés, parlent de mettre les crampons, ce qui serait bien inutile. Le sommet est superbement pyramidal et blanc. Photos. (Le groupe Lurien-Ossau est splendide !) Il est 17h30 quand on commence la descente. Je retrouve la grande forme pour faire la trace à grands coups de talons. (Dans une cuvette, à mi-pente, des traces toutes fraîches : grosses pattes comparables à celles d’un gros chien, mais avec des griffes très longues et séparées. Tout à l’heure, en montant, nous avions entendu une sorte d’aboiement hululant longuement plusieurs fois. Nous n’avions rien vu. La cuvette est assez profonde. Etait-ce un lynx ?)
La nuit nous prend dans la forêt. Heureusement, Jacques a sa frontale. Arrivés au ruisseau, je demande une halte. Je sens venir le coup de pompe. Monique marche avec une énergie et une bonne humeur formidable. Enfin la route forestière. Enfin le pont. Enfin la voiture. (Mais à peine à 100 mètres de la voiture, mauvaise chute de Jacques sur une plaque de verglas). Je ne me sens pas « mort de fatigue » mais « très diminué »... Il faut manger. Monique range sur le capot une nappe et un vrai couvert et sort une salade de riz délicieuse... Il me reste un peu de côtes du Rhône Un vrai festin. Mais nous attrapons l’onglée. Il fait aussi froid que ce matin.
Journée mémorable. (Plus de 1500 mètres de dénivelé... C’est peut-être un peu trop pour mon âge ?)

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Course 358 ; pic d’Aule ; 16 février 1989. Monique et Jacques Harang au sommet ; au fond, le Gazies.
(Photo Henri Ferbos).
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Course 358 ; le pic d’Aule ; 16 février 1989. Vus du sommet, le pic d’Auliou, le soum d’Aas et le lac d’Aule sous la neige, en bas à gauche.
(Photo Henri Ferbos).

358/.
16 février. Pic d’Aule (2392 mètres). Laissons la voiture sur la route de Bious, vers 1100 mètres. Verglas épais jusqu’à Bious-Oumette... Le plus dangereux de la journée, mais ce sera pire ce soir... Bonne montée exposée plein sud sans neige. La neige reprend avant la cabane d’Aule. Nous avons pris le chemin du haut et la cabane est loin sur l’autre rive. Montons en courbe de niveau sur de bons névés. Jacques* et Monique* sont un peu inquiets. Confortable casse-croûte dans le pierrier sous le pic d’Aulère. Nous laissons les raquettes inutiles sous un bloc. Nous atteignons la crête entre le col et le sommet. Apparition magnifique de la vallée de Gazies et des Sesques. Très raide, très impressionnant. Sommet en corniche superbe, mais le vent est glacial ; on n’y reste que le temps de quelques photos. Retour au col des Héous. À l’abri sous le col, au soleil, on « profite ». Pas d’ours en vue dans l’Arrec de Gazies. On repart vers 16 heures. Descente sans histoire. Nous nous arrêtons pour observer des traces. Une surface énorme d’herbe à la limite de la neige est complètement labourée, retournée pour chercher les racines et les bulbes. Ours ou sangliers ??? La terre est sèche. Pas de traces nettes. Bientôt Bious-Oumette. Nous serons à la voiture avant la nuit. C’est compter sans le verglas. Nous mettons plus de temps sur la route que du sommet à la cabane. Il faut se résigner à sortir les frontales dans le dernier kilomètre. Cette fois-ci, c’est moi qui me paie une chute. Le sang a coulé ! (Egratignure).

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Course 358 ; pic d’Aule ; 16 février 1989. Vue plongeante sur la cabane d’Aule (à droite), depuis la montée par la rive gauche de l’arrec d’Aule.
(Photo Henri Ferbos).

359/. 8 mars. Navaillo et Pic de Bazes (1806 mètres). Jacques* est un amoureux du col des Spandelles. À 9 heures, je le prends à Nay et nous roulons vers Ferrières et le fameux col. Après deux ou trois plaques de neige, nous laissons la voiture une centaine de mètres sous le col. Bonne montée directe... pour aboutir à un parking ! Ciel très chargé. Belle montée en sous-bois. Traces fraîches de chevreuils. Nous ne les verrons pas. A partir d’un beau replat où émergent quelques grands rochers, nous prenons l’arête du Navaillo. Il y a quatre sommets qui forment une crête encore un peu boisée. Les branches sont ourlées de glace. Promenade « hédonique ». Nous prolongeons plaisir de boire et de manger... Et de parler. Il faut tout de même aller au Bazes (1806 mètres) qui, vu de là, drapé de nuages mouvants, a grande allure. Descente facile au col. (Laissons les sacs). Remontée en évitant la neige profonde. Corniches effondrées. Plaques. Rejoignons le plus tôt possible l’arête ouest. Petite escalade facile. Déjà le sommet. Vue superbe sous les nuages. Grand cairn. Y restons jusqu’à 17 heures. Retour aux sacs, nouveau festin. Remontons vers le Navaillo et traversons un sous-bois raide sous le sommet pour rejoindre l’arête est. Retrouvons nos traces de montée et celles des chevreuils.

360/. 14-15 mars. Appel de Jacques Dayraut* (le compagnon de la face sud du Ramougn et de la deuxième tentative à la face nord de l’Aiguille des glaciers). Grand projet de traversée du lac d’Ilhéou au Marcadau, à skis... Il va falloir en rabattre. Je ne fais plus de ski et d’ailleurs l’enneigement est-il skiable ? Montons à Cauterets avec son camping-car. Dîner italien dans une pizzeria. (Vin dangereux). Je préfère coucher à l’hôtel Sacca. Nous montons en voiture au Cambasque et entamons le chemin d’Ilhéou à 9h45. Après le pont, la neige commence coupée de coulées plus ou moins inquiétantes. Il fait déjà trop chaud. Jacques est mal chaussé. On décide de passer sur la rive gauche qui, exposée au sud, est déneigée. Traversée en herbus mouillés et raides (Jacques marche en crampons !) A la cascade d’Ilhéou, bel et bon arrêt. Jacques en a assez et veut que je continue. J’essaie une remontée directe du ressaut pour faire vite, mais c’est trop dangereux et je renonce. Il n’est que 14 heures quand nous entamons la descente en raquettes en suivant à peu près le chemin rive droite. Neige très mauvaise : soupe dessus, gelée dessous. Revenons au pont. On déjeune sans remords auprès du torrent. Du Cambasque, nous prendrons les œufs pour aller voir la station. J’admire l’élégance et la sûreté des jeunes en monoski et en surf... Une bonne journée malgré la course ratée.

(Plus de deux mois : travail et mauvais temps).

361/. 12 juin. Avec Jacques F.* (73 ans), lac de Bareilles et Pic du Lion (2102 mètres). Nous prolongeons la course jusqu’au Soum de Pouy-Louby. A la descente, je fais comme d’habitude un peu de nettoyage... Au bord du lac, je retrouve dans l’eau le couvercle protège-objectif de mon 135 millimètres perdu le 21 novembre 1987...(!) Le temps est superbe dans la soirée. Denise* nous a préparé un bon dîner. Pas envie de rentrer à Pau. A Arreau, je prends la route de Peyresourde et vais coucher à Luchon.

362/. 13 juin. Montée à l’Hospice de France. Trop belle route. Ma voiture est tout de même la seule sur le grand parking. 8h30, départ pour l’Entecada (2272 mètres). Sous-bois superbe. La fontaine rouge. Alpages magnifiques. Chevaux. La Flache de Roumingau. Cabane et bergerie de Pouylane. Etang des Garzes (des grues). Sommet (2272 mètres) à 12h30. J’y reste plus d’une heure. Trois roitelets huppés viennent me tenir compagnie. Insectes bizarres avec des abdomens énormes. J’enrage de mon ignorance en entomologie et en botanique ! L’orage menace un peu. Je prolonge la descente tout de même en faisant fête à tout ce qui s’offre. Solitude parfaite. Les « touristes » sont autour de l’hospice (en ruine, d’une laideur agressive). Le parking est plein. Bière à Luchon. On voit « les gens » autrement après une journée de solitude. Que le corps de l’effort porte bien l’esprit. Il y a ici aussi des oiseaux, des fleurs et des insectes.

Dimanche 2 juillet. Pierre* et Henriette* arrivent vers midi. Ils portent un bocal de cèpes et une tranche de veau des Charentes, magnifique. On festoie. Vers 16 heures, départ pour Viella. Autoroute. Nous arrivons assez tôt pour faire une petite mise en jambes en remontant la vallée de l’Horno jusqu’à la cabane « forestal ». Rencontre d’une équipe égarée. Nous ramenons deux filles fatiguées à Viella. Soirée « luxe et volupté » du Parador.

Lundi 3. « Visite » à l’église de Viella. Nous attendons Michel Carteaud*. Piscine. Nous sortons de table vers 16 heures.

363/. Montée à Arties et au refuge de la Restanca. Route abominable. Montée au refuge délicieuse, un peu rapide. Photos au-dessus du refuge. Nuit pénible. Je fuis le bat-flanc pour essayer de dormir sur la table de la salle commune.

Mardi 4. Départ 7 heures. Bonne montée jusqu’à l’estany de Mar. Déception : la Mar est descendue de sept à huit mètres. Sécheresse ! Nous longeons l’estany par le sud-est. Montées et descentes interminables. Arrivés au bout en deux heures, nous n’aurons gravi que 250 mètres !
La montée reprend, rapide, dans de beaux moutonnements de granit, jusqu’à un lac supérieur. Mais où est la brèche du refuge de Besiberri ? Une vieille trace de ramasse nous fournit un indice. Montons sud-sud-ouest. La neige est bonne. Nous atteignons une cuvette sous la brèche. Reste un large couloir croulant. Nous appuyons à gauche pour monter rive droite contre le rocher.
Belle brèche, beau petit refuge en alu, amarré par des haubans. (Sur la porte, Besiberri est écrit « Biciberi. ».) Il y a un radio-téléphone que les vandales ont épargné, mais le double vitrage est brisé, coups de piolet dans la porte, etc.
On voit la Punta Alta et le lac Nère avec le refuge Ventosa. Il est midi, halte-buffet. Henriette restera là. Nous repartons sans sac... et sans eau... vers 13h30. Descente versant sud-est, assez longue. Traversée dans une moraine croulante mais assez bien cairnée. Où est le Bésiberri nord ? Sommes tentés par le central qui est loin mais semble plus débonnaire que la pointe « aguda » qui nous domine. Tout de même, les cairns y vont, il faut y aller. Ça commence par une bonne vire facile qu’on suit vers la gauche. Elle mène à une petite cheminée raide ; nous laissons les piolets et sortons la corde. Rocher excellent. La voie est évidente, appuyant toujours à gauche entre de courtes cheminées. Un petit dièdre a un départ en III... de quoi se faire plaisir en rappelant ses belles années. Nous sommes trois sur vingt-et-un mètres. Ce n’est pas très rapide. Nous atteignons la crête à l’est du sommet. « Gaz » dans le versant nord. Le profil de la face est superbe. Crête de blocs brisés. 15 heures, sommet (3014 mètres ; mon 77ème principal, mon 111ème avec les pointes secondaires, mon 175ème en comptant les répétitions.) Vanité !! Une boîte à lettre avec crayon est fixée au bloc sommital. J’y note nos noms, « comme autrefois ». Le Como lo Forno est superbe et vaut le déplacement. (Si Dios quiere). Mais le temps se couvre. Le Néthou est dans les nuages. Descente prudente. Le plaisir d’assurer. Retour refuge 17 heures. Boire ! Il commence à pleuvoir. C’est l’orage. J’encorde Henriette* pour la rassurer. Descente sans problème malgré la grêle. Suis frustré de quelques ramasses. Surtout, trempés jusqu’aux os, on prend un peu froid à descendre lentement. Deuxième averse de grêle, très forte, avant l’Estany de Mar. Ça assourdit en frappant le capuchon de la veste. Mais les coups de tonnerre tombent loin et ne sont pas très méchants. Une petite halte « pour rire » sous un rocher. Il faut longer le grand lac. Nous évitons une remontée en passant « dans » le lac. Toujours pour éviter les remontées, je prends très à droite du déversoir. Nous découvrons ainsi un autre petit lac très beau. En dessous, quelques passages raides. Nous ne rejoignons le chemin que dans le plat où s’étend une tourbière. Sommes vers 20 heures au lac de la Restanca. Pierre et Henriette* continuent la descente. Michel* et moi montons au refuge prendre quelques objets laissés ce matin... et prendre une bière. Michel soufre d’un genou. Je le laisse descendre à son pas. Il faut absolument que je me réchauffe si je veux éviter rhume ou angine ! Je prends le pas de course. En un quart d’heure, j’ai rattrapé Pierre et Henriette*... Suis plein de gratitude pour mes vieilles jambes.
Voitures 21h30. Dans le sac, tout est mouillé. Dégâts divers.
La journée finira dignement au parador d’Arties.

Mercredi 5. Repos. Tourisme. Séchage. Montée à Salardu et col de la Bonaîga (2072 mètres). Pouis Pla Beret et güel de Garona (1872 mètres). Retour à Salardu. Bon repas à « La Cuma ». (Patronne « magnifique »). Arrêt à Escunhau. (Eglise ; le cimetière propre tout autour). Viella, piscine. Orage et vent.

364/. Jeudi 6. Trop chaud, nuageux et venteux ; nous partons tout de même vers 11 heures.
Rude route forestière prenant au sud de Casau (1103 mètres). Les voitures nous portent très haut à travers une belle forêt (qui n’existe pas sur la carte espagnole). Du barranco de la Cal, montons tout droit au Pic de Latassi (2173 mètres). Vent furieux, grains et grêlons en arrivant au sommet. On ne peut s’y tenir.
Ça se calme un peu et nous pouvons manger en contrebas sur le versant ouest. Tout est gris, mais c’est très beau. Nous sommes en face de l’Entécada où j’étais le 13 juin. On voit le pic de la Pique, le Sauvegarde, mais le Néthou est encore couvert. (Notre petit repas est arrosé d’un excellent rioja).
En revenant à la crête, nous retrouvons la tempête. Descente directe sur le col de « El Santet de Casau ». Cabane fermée et petit sanctuaire barbare consacré à la vierge. (Statuette habillée, fleurs, restes de cierges). Le petit édicule, sur le col même, est de construction récente. Etrange !! Sur la route du retour, grand arrêt pour cueillir des fraises des bois... Nous les mangerons ce soir, bien arrosées, à la table du parador.

Vendredi 7. Faisons nos adieux au parador. Prenons la route de France jusqu’à El Bordes où nous tournons au sud pour remonter la vallée de Riu Jœu. Au pla de l’Artiga, plusieurs voitures et beaucoup de « touristes ». Nous partons vers l’Esquerra de l’Artiga, grande oulette où le chemin s’arrête brusquement. Après quoi, impossible de trouver d’aucun côté la moindre trace de chemin. Etrange ! (La carte espagnole, d’ailleurs, n’en indique aucun dans cet immense bassin où convergent trois vallées secondaires).

365/. Nous nous décidons pour monter vers l’ouest par une trouée dans la forêt qui nous semble praticable. Sommes bientôt littéralement piégés par la forêt qui est fort raide et tout à fait « vierge ». J’ai trop appuyé à droite. Nous en sortons sur des pentes d’herbe non moins raides où la flore très riche montre bien qu’elles ne sont nullement pratiquées par les troupeaux.
Atteignons un petit torrent qui descend des lacs de Coma Salies dont nous ne devons pas être loin. On se restaure. Au-dessus de nous, une épaule très marquée sur un contrefort prolonge le replat où doivent être les lacs. En tout autre endroit des Pyrénées, il y aurait là des sentes, si ce n’est un chemin. On ne voit rien. Je veux en avoir le cœur net et j’y monte. C’est bien sûr plus long et plus rude que je ne croyais. Sur l’épaule, pas la moindre trace de sente... Mais un isard, un énorme solitaire, part à une dizaine de mètres de moi. Belle récompense de ma peine. Je redescends. Accord pour ne pas descendre par où nous sommes montés. On ne peut pas tomber sur pire... Descendons en écharpe dans une direction sud-ouest. Tout va bien, quelques trous et petits murs à éviter. Mais la forêt vierge est une étuve. Chaleur tropicale ! Le pire nous attend : c’est vers la fin, au-dessus de l’esquerra, l’apparition des orties. Je n’ai pas mis mes grosses chaussettes de montagne !
Enfin le supplice est terminé. Nous avons peiné sur 600 à 700 mètres et nous n’avons rien « fait ». Leçon à retenir : garder la vieille « tenue » de montagne et éviter de se risquer en forêt vierge !!
Retour. On s’arrête aux grandes cascades de Jœu et, plus bas, à une sympathique petite grange aménagée en buvette. Bières et comptes en pesetas.
Carteaud* rentre à Angoulême directement. Nous, nous passerons à Luchon par le Portillon. Dîner à Montréjeau. Retour à Pau.
Presque six jours d’amitié et de montagne bien remplis. (+ une tendinite...)

366/. 15 août. Avec Isabelle* et Didier*, pique-nique au lac d’Estaing (1163 mètres). Lac pollué au propre et au figuré. Foule et centre de « loisirs organisés » avec animatrice gueulant dans un micro. Vers 15 heures, nous fuyons par le GR10. Cabane d’Arriousec. (On y fait des travaux). Cabanes du Barbat (celle qui est ouverte est convenable – deux lits). Le lac du Barbat (1973 mètres) est à moitié vide. Superbes effets de nuages sur les crêtes des Mounyolles : l’ambiance est sévère. Il est 17h30. Retour en une heure. (La tendinite se réveille un peu). Nous couronnons la journée par un dîner gastronomique chez Houerie*. (Paupiettes de magret aux cèpes... mémorables).

367/. 7 septembre. Ai bien profité de la mer et des enfants, mais la montagne me manque. Décide de partir seul coucher à la cabane du Barbat. (J’aime la continuité. Je suis un « fidèle »). J’y arrive vers 16 heures. J’ai tout mon temps pour observer les marmottes, les oiseaux et les chevaux. Les isards, eux, manquent à l’appel. Je dois redescendre pour chercher de l’eau. Je tombe sur deux marmottes superbes à quelques mètres. Nettoyage de la cabane. Solitude parfaite.
Coucher 21 heures. Bon sommeil. Vers 1 heure, la pluie. Le toit de tôle donne une parfaite mesure acoustique de l’intensité de la pluie. 7 heures. Il pleut toujours. Le Soum Grum est dans les nuages et le brouillard monte de la vallée. Très mauvais. Un isard perché sur un bec rocheux de l’arête de l’Et Malh me console largement. Il est superbe. Il m’a vu. Nous nous regardons pendant près d’une heure (j’ai les jumelles) jusqu’à ce que le brouillard couvre tout. Vers 10 heures, une belette (?) passe à deux mètres de la cabane avec un minuscule lérot dans la gueule. Eclaircie. J’en profite pour monter au lac en étrennant mon super poncho. La pluie ne cesse pas. Le Grand Barbat étant dans les nuages, je monte sud-ouest en direction du Maleshores. Montée raide le long d’un grand éperon. Arrivé en haut du ressaut, cuvette de blocs. Je traverse est. (Six isards sur la crête des Mounyollles). Grand cairn. Ce doit être le point coté 2263. Je suis tout près du col 2389, mais le brouillard revient. Il est midi. Hardi mais pas téméraire, je redescends. Bon repos à la cabane. Descente sous la pluie. Dernière marmotte surprise en arrivant à la cabane d’Arriousec. Sous-bois superbe. Quitte le chemin pour voir de près un arbre étonnant. Je mesure le tronc en posant mon piolet tangent. Cela fait plus de cinq fois la longueur du piolet, soit 5 x 78 centimètres = 3,90 m. Il fait au moins 4 mètres de tour ! (Il est en haut d’un petit tertre, sur la droite en descendant). En dessous, tout est ravagé par les bulldozers. A 16h30, j’ai droit à une bière brune... et je retrouve les humains.
Le poncho a été très efficace.

368/. (Solo). À Corps pour passer quelques jours avec Monette* et René*. L’Oisans est tout près. En 1935, dans La Montagne (avril, n°268), un récit de Le Breton* m’a fait rêver de la Tête des Fétoules (3459 mètres). Réaliser à 69 ans un rêve fait à 15 ans, ce ne serait pas si mal...

27 septembre. A Bourg d’Oisans par le col d’Ornon. Bureau des guides fermé. Tout est d’ailleurs fermé... Je ferai mes provisions à Saint-Christophe. Visite au cimetière, mais en fait de provisions il n’y a rien. Une brave dame qui tient un café me cède deux œufs et deux tomates et du vin. Ce sera frugal. Le refuge n’est pas gardé.
Je laisse la voiture à Champforant (champ forant ou foréant = champ lointain) vers 17h30. Le début du chemin pour descendre au pont du Vénéon a été ravagé par les bulldozers. Plus bas, le vieux chemin est superbe. L’horaire indiqué -1h45- me paraît bien rapide. Je monte bien et sans fatigue malgré le sac assez lourd, mais il me faudra un peu plus de deux heures. Belle arrivée au refuge au crépuscule. Beau refuge bien tenu. (1797 mètres). Je suis seul mais il y a du matériel dans un panier. Je me fais une soupe... pendant le frugal festin. Deux types arrivent, jeunes, qui viennent de tenter l’Olan mais ont renoncé devant le rocher pourri. Le coin est sévère. Ils repartent de suite à la frontale. Ma frontale à moi qui faisait merveille tombe subitement en panne. Petite catastrophe. Le « noir » est total... Je joue du briquet et trouve trois centimètres de bougie... à faire durer. Solitude pesante mais bonne nuit tout de même.

28 septembre. Je ne me réveille qu’à 6h20. J’ai un sachet de café, sans sucre. Départ 6h45. Le temps paraît incertain : banc de nuages sur la Muande et mer de nuages dans la vallée. Arrêts photos : chèvres alpines qui se détachent sur fond de glaciers ; ombre des Fétoules et de la Pointe Jeanne sur les pentes rousses de la Tête du Caneton. J’arrive avant 8 heures au cairn Helbronner. Du Clot de la Lavey, montée dans un terrain morainique raide, bien cairné. Il fait très froid. Onglée. Le ciel s’est tout à fait dégagé, mais on monte dans l’ombre des Fétoules. En haut des pierrailles, une échine de la moraine, bien individualisée, est effleurée par le soleil. J’y vais et m’accorde un petit arrêt. 11 heures. Le front du glacier avance deux tentacules, comme une gigantesque pieuvre, sur les roches polies et moutonnées cuirassées de verglas. Je suis une piste qui appuie sur la droite vers une épaule très marquée. De là, montée délicate jusqu’au glacier -verglas et blocs instables. Il s’agit d’être très attentif... Je traverse à gauche sous les « tentacules » du monstre vers le col des Fétoules.
(Jeu étrange entre hardiesse et raison. Je « sais » le danger, mais je n’ai aucunement peur. Il y a le narcissisme de la solitude. Elle est absolue : le moindre accident serait sans recours. Mais, en même temps, il y a l’attention toute requise par les dalles et les pierres qui commandent aux gestes et dirigent l’effort. On est tout en soi et tout hors de soi, « tangent » à soi et « tangent » aux roches, comme risque et sécurité sont « tangents ». On dit bien d’un pas « délicat » qu’il est « tangent ». Image juste).
Je rejoins l’autre côté du cirque glaciaire sous l’arête de la Pointe Jeanne. Délibération : j’ai bien les crampons, mais même en crampons je me vois mal sur ce glacier sans corde et sans compagnon. Il sera bientôt midi et je n’ai pas de frontale pour finir la descente. Je ne suis pas fatigué par les 1300 mètres de dénivelé que j’ai du faire. (Le col est à 3145 mètres). Je décide de renoncer. Je prends de l’eau et redescends jusqu’à la petite arête de moraine grise où je m’étais arrêté en montant. Là, je reste une bonne demi-heure en contemplation. Je descends doucement. Au-dessus du Clot de la Lavey, je vois une marmotte qui est dressée et se détache sur le bord du ressaut. Manifestement, elle observe ma descente et ne perd rien de mon approche. Elle s’esquive quand j’arrive à une cinquantaine de mètres. 14 heures, Cairn Helbronner. Nouvel arrêt. J’arrive au refuge -toujours vide, et j’en suis un peu déçu- vers 15h30. Cette descente a peut-être été une des plus belles que j’ai faite.
Après, sac plus lourd et fatigue, car ce sera plus pénible (mais l’éclairage du couchant sur le Rouget, justifiant bien son nom !), surtout la remontée du Vénéon à la route. Voiture, 18h30. Le rêve de mes 15 ans n’est pas déçu... mais il faudra y revenir.
Je retrouve mes semblables dans un bon restaurant à Bourg d’Oisans. Pendant vingt-quatre heures, je n’ai été « perçu » que par les yeux d’une marmotte. Restauré, je repasse le col d’Ornon et suis à Corps vers 21 heures.
NDLR : Ici, Henri Ferbos a sauté une double page de son carnet de montagne n° 2 au fil de la relation de sa course en solo vers la Tête des Fétoules, dans l’Oisans, ce 28 septembre 1989. Il a comblé ce vide en écrivant le texte suivant, dans le sens de la largeur, pour le différencier du compte-rendu factuel proprement dit.
Pages sautées par inadvertance... Je voudrais les remplir de quelques « idées » qui ont remué en moi dans le silence de la montée. Je m’étais arrêté à Saint-Christophe devant les tombes de Gaspard* et de Zsigmondy* ; la pensée de la mort m’habitait sans trouble comme ma pensée simplement vraie. Il m’est même apparu qu’elle était signifiée dans mon plaisir même.
Ce qu’il y a en plus du plaisir et de l’orgueil physique de l’effort, c’est sans doute l’étrange possibilité de vivre ici, dans cette action, la relation du mort et du vivant. Pour que cette relation soit possible, il faut qu’il y ait de la vie (refuser la majuscule mystificatrice) dans la réalité minérale la plus inerte, et il faut aussi qu’il y ait de la mort dans le pied, la main et toute l’ossature où mon effort prend appui. Sentir dans la mort du désert glacé la poussée vivante des saxifrages, sentir dans la vie de mon corps échauffé par l’effort la mort minérale qui le compose, lui tout entier, et pas seulement les os épars qui blanchiraient sur ces pierres. Nulle part ailleurs le lien « religieux » de la vie et de la mort ne peut être aussi sensible, et la transmutation incompréhensible de l’un à l’autre plus certaine.
Hors de toute mythologie dualiste et de toute rationalisation théologique, « l’incarnation » (sans majuscule) est donnée comme, entre matière morte et matière vivante, une interpénétration confuse et pourtant en partie maîtrisée, sentie dans le moment singulier que je suis, et que je veux, à la limite du pensable.
La parole intérieure n’était ni bavardage ni rêverie. Elle ne m’a pas fait faire un faux pas. Peut-être parce qu’elle tendait dès sa rumination silencieuse à prendre voix pour se donner à autrui à travers l’écriture.

29 septembre. Route du retour splendide de bout en bout. Surtout le col du Festre et les falaises du Dévoluy. Soir à Agde, au « Vieux Cap ». Hôtel de la Grande Conque. Un peu de luxe. Surtout pour le bain matinal. (Je trouve encore le moyen d’être dans l’eau à 8 heures). Après quoi, le bain chaud dans la baignoire est apprécié...
Après-midi naturiste, puis la route pour Thuir. Arlette*, Tatiana*, Aurore* et Jean-Marc*...

1er octobre. Avec Arlette*, journée à Collioure.

2 octobre. Matin, promenade à Castelnou ; montons au col de Creu et au roc de Majorque (440 mètres). 14 heures, départ. Je me décide pour le Montcalm. Vicdessos (aussi « mort » que Bourg d’Oisans, mais j’ai pris mes précautions à Tarascon-sur-Ariège. J’ai de quoi tenir et une pile neuve à la frontale).
Le prétendu refuge du Montcalm n’est qu’une baraque de bois en ruine. Je continue la route vers l’Artigue. Au dernier virage en épingle, je vois le départ d’un chemin qui suit une conduite d’eau. La centrale électrique est juste un peu plus bas. Au hameau, tout est fermé, pas le moindre panneau. Je reviens dans le virage où je peux ranger la voiture et planter la tente. Bonne nuit.

369/. (Solo) Montcalm (3077 mètres) ; 78ème sommet.

3 octobre. Départ 7h15. Mon sentier horizontal s’arrête avec la conduite d’eau. Un raidillon à travers bois permet de rejoindre « le » chemin qui est plus haut. On descend à un pont pour passer rive droite. Montée en sous-bois, végétation vivace qui envahit le sentier, manifestement peu fréquenté. On débouche sur l’Orris de Pla Nouzère (1700 mètres ; j’ai gravi sans me presser 500 mètres en une heure). L’Orris n’est pas du tout en « ruine » comme indiqué sur la carte. On peut y coucher. Le coin avec source est superbe. Bon à savoir pour la prochaine fois.
Le sentier monte sud-ouest, puis prend un vallon raide ouest (poteau indicateur). On repart sud sur de belles croupes. On contourne par l’ouest l’étang du Pinet (2224 mètres) pour continuer sud. On monte raide et facile jusqu’à un grand cairn après lequel une légère descente engage dans un beau défilé. Piste horizontale. Au bout du défilé, près de l’étang d’Estats, reprise de la montée raide jusqu’à l’étang de Montcalm, à 2566 mètres. (On monte plein est.) Le sommet apparaît saupoudré de neige fraîche. Il fait en effet très froid. A midi, le sol n’est pas dégelé bien qu’il fasse grand soleil.
Depuis l’étang, montée sud. Cheminements divers de cairn en cairn, sur de la roche brisée parfois raide. On arrive à une jolie brèche vers 2900 mètres. Légère descente en repartant vers l’est-sud-est. Le col du Montcalm (2978 mètres) est plus loin qu’il ne semble... Inévitables faux-cols.
Il faut choisir entre Montcalm et Estats... Il est 14 heures, j’ai besoin d’un bon arrêt et de manger ; ce sera le Montcalm nettement plus près avec ses 3077 mètres. Je laisse le sac au col. Je reste au sommet de 15h15 à 16 heures. Il y a une statue naïve d’une ourse et de son ourson, tournés vers Vicdessos. Dans le socle, une porte et un registre. Je prends un gros plaisir enfantin à marquer mon nom et mon âge... La vue est superbe. On distingue fort bien toute la région Campbielh-Néouvielle (à vol d’oiseau, le Néouvielle est à 108 kilomètres), « ma » région. Le Néthou aussi. Tout près, l’Estats vaudra le déplacement. Descente sans précipitation. La nuit tombe quand j’arrive à l’Orris de Pla de Nouzère. Et si j’y bivouaquais ? Inspection. Je réveille une chauve-souris qui me saute à la figure... Ça me dissuade. Donc, descente en forêt à la frontale... Présences animales indiscernables. Odeurs puissantes des champignons. Le bruit du torrent se rapproche. Avant le pont, des vaches : leurs yeux font des points d’or dans la nuit... Je ne vois que leurs yeux.
À 20 h15 juste, je suis à la voiture. Treize heures de belle et bonne course.
J’ai fait, aller-retour, 3754 mètres de dénivelé et n’ai vu personne... Pa même une marmotte.
Fatigue normale. Je ne suis pas du tout « crevé ». Un mauvais repas et une douche à Tarascon suffiront à me remettre tout à fait en « bon état ».

370/. Pic de Sauvegarde (2736 mètres). 16 octobre. Je retrouve à Luchon la chambre 21 de l’Hôtel d’Etigny. Bon dîner. Jolie serveuse brune qui donne à voir... Lecture sur Boris Vian.

17 octobre. Hospice de France -toujours aussi « ruiné » et sinistre (1386 mètres). Départ 8h40. Montée superbe. La cabane de l’Homme a été restaurée par un toit en béton. Le nouveau refuge est minuscule et sympathique (2249 mètres) au bord des premiers lacs. Début de la neige fraîche. Traces récentes. Port de Vénasque (2445 mètres) à 12h05. Sauf trois ou quatre photos, suis monté presque sans arrêt.
Le chemin du Pic de Sauvegarde prend à droite à 10 ou 15 mètres sous la brèche. Le Néthou est couvert. Nuages funèbres. Vent glacial. Il urge de mettre la doudoune, le bonnet et les gants.
Chemin très bien tracé, mais les schistes rouges sous la neige fraîche sont très glissants, et l’ensemble est d’une raideur très sévère. Prudence. Je croise deux jeunes qui descendent comme s’ils avaient le feu aux fesses. On ne salue plus ! Le brouillard arrive au sommet en même temps que moi, à 13h10 (1350 mètres en quatre heures trente).
Ce n’est pas une « vue », c’est un « spectacle » : ballet des nuages qui se déchirent sur le Pic de la Mine ou sur les crêtes d’Albe. La Maladetta se dévoile souvent, mais le Néthou reste pris dans une nuée noire. Je jouis du spectacle pendant trente cinq minutes. Je jouis aussi du vent et du froid ; quelle énergie, quelle fluidité dans les éléments ! La roche même et la neige semblent en mouvement ! (Trois accenteurs alpins semblent s’intéresser à moi). 14h25, suis de retour au Port. J’y mange en regardant les ruines de l’Auberge de Cabellud. (Je me fais ainsi en esprit commensal des grands ancêtres...). J’entame la descente à 15h10. On apprécie mieux la splendeur du lieu en descendant. Paroi à droite coupant le miroir du grand Boum... Refuge de 15h45 à 16 heures. Il tombe un peu de grésil. Je descends avec, à la main, une poche de plastique pour nettoyer un peu le chemin... Croise un autre solitaire qui monte bien tard. La pluie commence quand je traverse rive gauche. Poncho. Voiture 18 heures. L’autre solitaire arrive bientôt. Quelques mots.

371/. 1er novembre. Avec Bernard*, JP* et Guy,* traversée de la brèche de l’Escalère d’est en ouest. Hourquette d’Ancizan, 9h15. Temps superbe. (Le Sauvegarde est bien visible). Fin de la montée, caillasse un peu pénible. Les gendarmes de la crête d’Escalère sont superbes. Notre brèche est la plus à gauche, au pied des dalles qui forment l’éperon nord de l’Arbizon. Il est 13h30. Le vent est très froid, on s’arrête dans la brèche une bonne demi-heure... Descente dans le couloir ouest qui est énorme et croulant. Enfin l’herbe ! Sous l’Escalère, nous découvrons six isards. Ils ont au col des ronds jaunes et verts. On repeuple ?? Demain, il neigera.

12 novembre. Avec Baptiste* et Françoise* au col d’Osquich. Arrêtons la voiture un peu avant le col (392 mètres) et « gravissons » le Berhantchu (574 mètres). Baptiste, 5 ans, est ravi et marche tout comme un chef... (Et si, en l’an 2000, nous allions ensemble à son premier 3000 ? Même si ça n’est pas, le fait de pouvoir encore penser cela est en lui-même merveilleux).
Françoise, féminité à la fois gracile et forte... « Jeune ».

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Course 372. Le 2 décembre 1989, lors de leur randonnée au-dessus du plateau du Benou, Henri Ferbos et Didier Léveillé sont allés à l’Ourlène (à gauche) et Didier a poursuivi jusqu’à l’Ourlénotte (à droite). Entre les deux pics, un sommet sans nom cotant 1794 mètres. Mais cette photo panoramique des trois pointes saupoudrées par une "première" neige n’a pas été prise ce jour-là. Henri Ferbos l’a faite lors d’une autre randonnée, au Montagnon ou au Mailh Massibé, depuis le bord du vaste plateau qui domine le col d’Aran, au sud.

372/. Pic de l’Ourlène (1814 mètres). 2 décembre. Avec Didier*, nous passons le col de Marie-Blanque et arrêtons la voiture à 2 ou 3 kilomètres dans la descente vers Escot. A 9h30, nous prenons le bon sentier qui monte à travers bois vers la fontaine de Houndagnère. Forêt superbe, mais il y a chasseurs et chiens. Passons entre « La Curre » et le « Turon d’et curé ». Des hêtres énormes ont été arrachés par l’ouragan. (On s’imagine le fracas des troncs éclatés et brisés). La montée s’adoucit, on passe dans un défilé encore boisé mais rocheux et formé de dolines. Après la forêt, un cirque de pâturages. Cabanes en ruine. Encore des effondrements. A 11h45, nous sommes au col de Sarisse (1475 mètres). (Deux heures quinze pour 650 mètres ? Je tiens « le pas Ledormeur », 300 mètres à l’heure. Bien sûr, Didier irait deux fois plus vite...). Un petit quart d’heure casse-croûte et nous prenons la crête plein est. Je peine un peu plus que de raison. (Non, la bonne « raison », c’est que j’avais alors 69 ans. Je l’oubliais. (NDLR : cette réflexion a été ajoutée par Henri Ferbos dans la marge).
Sommet (1814 mètres) à 13h20. Didier, qui m’a devancé, a laissé son sac et continué vers l’Ourlénotte. Temps couvert très beau : sous la nuée noire des percées de lumière. Pas la moindre neige jusqu’au sommet ; à peine quelques petits névés au pied des murailles nord. Seuls les lointains sommets espagnols sont blancs. On doute d’être en décembre ! Didier revient. Bon repas malgré le froid. À 14 heures nous descendons en jouant à suivre exactement le fil de la crête. Au col de Sarisse, Didier, qui est en pleine force, monte en vitesse au petit pic du même nom. Je n’en ai pas la moindre envie. Une heure et demie pour la descente. Serons à Pau avant 18 heures. (NDLR : rajouté en marge en bas de page : photos 1 XI 83)

373/. Noël à Hèches. Le 26, départ vers 10h45, avec Pierre*, Bernard* et Gilles*. Allons par Haut-Nistos vers le Mont Aspet (1849 mètres). Laissons la voiture près du virage qui fait suite à la cote 1078. Il est 11h50. Nous remontons le petit torrent de Lère par un beau vieux chemin assez raide, bordé par endroit avec des troncs couchés tout vermoulus. Petites clairières avec vasques et cascades. Horreur ! Nous débouchons sur une nouvelle route qui conduit à un gîte d’étape tout neuf, sur le plat de Cap de Neste. Tout ça pour le ski de fond commercial...
Nous montons tout droit vers un premier sommet au sud du col 1730. Un peu de neige. La crête s’étire vers l’est. Sommet 1810 mètres (?) à 14 heures ; il fait très froid, mais la faim commande un arrêt. Descente sur le col 1730. Large piste taillée au bulldozer. A 15 heures, sommes au sommet du Mont Aspet (1848 mètres). Le froid nous chasse. Tout le bassin de Luchon est couvert. Le Mont Né (2147 mètres) a grande allure, à demi voilé. (NDLR : « Il s’agissait plutôt du pic d’Areng, 2079 mètres ? », a noté plus tard Henri Ferbos dans la marge). Il tombe quelques flocons de grésil. Vue dégagée par contre vers l’ouest et le nord. La plaine est superbe.
Nous descendons à flanc vers sud-ouest dans la bruyère sèche. Nous tombons sur un cadavre de chevreuil ! Un très grand animal, pattes et cou très long. Sans doute blessé par un chasseur, il a du mourir là en essayant de fuir vers le haut. J’imagine sa beauté, sa noblesse et le tragique de sa fuite... pendant que mes compagnons font des plaisanteries douteuses. Etrange fuite de toutes les émotions dans la dérision... Sans doute les temps qui viennent du mercantilisme-roi seront si durs que les jeunes ne pourront s’en tirer autrement. Pensée, sensibilité, délicatesse sont-ils des luxes pour époque relativement heureuse ?
Nous repartons en direction d’un abreuvoir (Fontaine de Mousare) qui occupe un talweg en bordure de la forêt. Descendons droit dans la forêt. Ressaut « délicat » pour traverser les éboulis de la nouvelle route. Sommes à la voiture à 16h30. Rentrons à Hèches par le col d’Estivère. Arrêts contemplation des vallées et de Pène Haute.

374/. 28 décembre. Avec Isabelle* et Didier*, départ Pau 14h30. Col de Marie-Blanque (1035 mètres), 15h30. Pic d’Escurets (1440 mètres) à 16h30. Vue superbe de tous côtés. Un regard particulier sur le pic d’Ourlène. A la descente, cueillette du houx à beaux fruits rouges... (Je les dédie à la belle année qui finit, autant qu’à celle qui commence...)

(Bilan : vingt-quatre jours en montagne (vingt-huit en 1936).
(Trois cent soixante-huit sommets, dont cent soixante seize 3000 ; soixante-dix-huit différents).

1990

375/. 12 janvier. Depuis Gère-Bélesten (460 mètres), montée à droite par un vieux chemin plus herbu que rocheux. Fontaine d’Esteret. Au-dessus, je coupe la route et remonte un éperon de pâturage. On laisse à droite les granges de Gère. Encore les ravages qui se prétendent route. (Simple déchirure et raclure de bulldozer ; sans soutènements, il ne faudrait pas sept ou huit ans pour qu’elle soit comblée par le haut, effondrée par le bas et presque effacée... Rêve réconfortant). Obligé de la suivre un peu pour arriver au col de la Courade (1350 mètres). Première neige.
Je prends une amorce de sentier qui monte sud-sud-ouest et s’enfonce en forêt. Nombreuses traces sauvages difficiles à déchiffrer. Surtout une très légère qui égratigne à peine la pellicule de poudreuse, griffure avec trace du ventre et de la queue : hermine ??... Je la suis un bon moment. Elle disparaît dans un trou minuscule puis repart. La forêt devient taillis, la neige plus profonde. A droite (ouest), rochers très raides. Arrivée au sommet du Cambeilh (1664 mètres), inconfortable. Je continue la crête pour trouver un bon endroit. Arrêt. La vue du Montagnon aux Cinq-Monts est superbe. La cabane d’Ibech semble neuve. Descente sur le col de Gerbe-de-haut (1631 mètres).
Je continue la descente, droit à l’est, jusqu’à une amorce de chemin qui remonte un peu au nord pour franchir un éperon rocheux. Ledit chemin vite perdu sous la neige ; la traversée à niveau de la « forêt de Pan », pénible et un peu dangereuse, me ramène au col de la Courade.
Journée totalement solitaire, si je n’avais entendu et perçu une bagnole... Rien n’est jamais parfait !! Descente éclairée par le front lunaire du Ger... Retour à la voiture à Gère-Bélesten, nuit tombante. Petit bavardage minable avec un jeune paysan.

376/. Signal de Barca (1805 mètres). 9 février. Douleurs dans le dos, inquiétudes cardiologiques suite à l’échocardio... Je me décide pour le grand remède : marcher.
Sortie de Pau, 11h45. Bielle. Je prends la route (mauvaise) de la vallée d’Arriou-Mage. Je laisse la voiture au panneau qui marque l’entrée dans la forêt d’Aspeigt. Il est midi 40-45. Vers 800 mètres ? La cabane de Bourdiou d’Aspeigt vient d’être remise en état. Je monte, en évitant le plus possible la route, par les anciennes mines et le long d’une conduite d’eau. Au-dessus de la prise d’eau, grande bâtisse en ruine. Bonne piste jusqu’à la cabane d’Ibech. 14h45. C’est un vrai refuge mais portes et volets trop légers ont été arrachés. Je mange au soleil et tente de fermer une fenêtre dont un carreau est brisé. Cela me prend jusqu’à 16 heures. Belle montée ouest-sud-ouest jusqu’au col de Barca. Peu de neige, juste une petite corniche pour couronner le sommet (1805 mètres). J’y reste de 17 heures à 17h30. (Mille mètres en trois heures effectives, mes maux sont oubliés). Retour au refuge, 18 heures. Dans la descente, trompé par l’approche de la grande bâtisse, je pique trop à gauche et me trouve en forêt très pentue au-dessus de la retenue d’eau... Il faut remonter et retrouver la route qui est à droite. La nuit tombe. Au Bourdiou d’Aspeigt, je veux prendre la frontale. Heureusement, elle ne marche pas. Les étoiles sont d’une « vivacité » étonnante. Il y a éclipse de lune. (Je reconnais Pégase ?) La lune reparaît rousse... mon mal de dos aussi. Je titube un peu dans le noir. Vers 20 heures, la voiture.

377/. Petites vacances à Hèches.
16 février. Avec Bernard*. Laissons voiture à l’Hospice de France. Départ 11h45. Fontaine rouge, 12h40. Grand beau temps. Le plateau de Roumingou est très enneigé. Il fait trop chaud. Neige profonde et mouillée. Les raquettes pèsent lourd. Après la cote 1870 nous devons traverser de méchants couloirs avalancheux. Arrivés sur une épaule bien marquée, en vue du Pas de Moujoye, prenons un repos bien gagné. Renonçons au Soum de l’Escalette qui est encore très loin et décidons d’aller vers la crête pour chercher du terrain plus solide. Montée très raide, traversée sur neige et herbes longues très glissantes. Il faut beaucoup d’attention et pas mal de force. 16h30, Pic de Ribesautes (2142 mètres). Petite crête, corniche de neige, Pic de Roye (2162 mètres). Attendons la belle lumière de 17 heures.
17 heures, descente. Retour au Ribesautes puis en traversée nord-est et plein nord vers la cabane de Pouylane. Rejoignons de bonnes traces bien gelées. Sommes à 19 heures à la voiture sans avoir sorti la frontale. Très bonne journée finie à Hèches autour des côtelettes de mouton et des fayots... Sublimes !

378/. 22 février. Avec Isabelle* et Pascale*, montons à Gavarnie. Vers les Especières, un bon millier de voitures. Nous fuyons vers la valllée d’Ossoue. On n’est pas seuls, mais presque. Près du pont d’Artigoule nous déjeunons. Départ vers 14 heures. Un sentier part du pont mais se perd vite. Je continue à monter tout droit vers la Montagnette. Plus de neige que prévu. Isabelle renonce. Pascale, mal chaussée mais de bonne humeur, continue. Nous nous arrêtons à une cote bien marquée (2243). Photos. La pique Longue ne se découvre pas mais les Tapou sont superbes. Descente glissante (je tombe deux fois). Voiture. Nous allons jusqu’à la cabane de Millas. Au retour, lumière magnifique sur le couloir Swan. J’évoque Guérin* et le 25 mai 1958... Et Paul* le 26 février 1969.

379/. Cinq Monts, Pic de Gerbe (1901 mètres). 6 mars. Grand beau. Je « pousse » la voiture jusqu’à la cabane de Bourdiou (842 mètres). Une autre voiture noire continue au-delà. En marche à 10 heures, arrivée refuge d’Ibech 11h50. (Ai le plaisir de voir que ma réparation de fenêtre du 9 février a tenu). C’est bien toujours « le pas Ledormeur », 300 mètres/heure. Bon déjeuner au bord de l’eau. (Les traces de l’autre solitaire vont vers le col de Barca). Départ midi 30. Le versant ouest paraît très raide. La neige est fondante. Je préfère prendre le sentier GR qui par nord-est vers « le bois des Terres inconnues » (sic) et doit rejoindre le col de Gerbe-de-Haut. Je le quitte avant le col pour rejoindre la crête et passer dans le bassin de Gerbe-de-Haut. On est au nord et la neige poudreuse a bien tenu. Le bassin est beaucoup plus vaste que je ne pensais. Très beau. Un grand vallon s’ouvre vers l’ouest et mène à un petit col sous le sommet. Vue plongeante sur Ibech. J’ai drôlement bien fait de ne pas essayer par là ! Sommet vers 14 heures. Bien individualisé et même assez « aérien ». En arrivant, je manque la photo au télé d’un oiseau posé sur le cairn... Au bout d’un quart d’heure, je vois arriver l’autre solitaire. 30 ans, costaud, il est passé par le pic de Bareille. Conversation variée, animée surtout par les souvenirs que nous avons sur le grand livre ouvert de tous les sommets qui nous entourent. Vue parfaite sous une lumière somptueuse. Vers 16 heures, on commence à descendre ensemble en bavardant encore. (Au fond, je suis un faux solitaire puisque j’ai tant de plaisir à une vraie rencontre). Quelques petits bouts de ramasses dans Gerbe-de-Haut. Au refuge d’Ibech, je retrouve un petit sac de bouffe dont j’avais allégé mon sac. On partage le jambon... et le compagnon me demande ce que c’est d’être épicurien. « Cours » sur Epicure à la cabane d’Ibech ! (Cela me rappelle mon « cours » sur l’existence de Dieu dans une chambrée du quartier Larrey, à Tarbes, au lendemain de la Libération... à la demande de Ségalas !*) - (Tu es philosophe in æternum...)
La voiture noire m’épargne les derniers kilomètres sur route...

380/. 31 mars. Première sortie avec Paula*. Départ vers midi. Déjeuner à l’auberge de Sarrance. Nous parlons tant et si bien qu’il est plus de 15 heures quand nous quittons la voiture au terminus d’Espelunguère. Prenons le GR10 jusqu’à la cote 1496, puis montons en sous-bois plein sud vers la crête-frontière. Il y a de la neige fraîche glissante. Paula est en baskets. On arrête vers 17 heures. A la descente, observons un bon moment un lérot nullement farouche. (Photos !) Vue sur le Signal d’Espelunguère où j’étais allé avec Isabelle* en 1980.
Bière sur la place d’Etsaut... D’autres souvenirs. La lumière est somptueuse et lie les couleurs du passé et du présent. Gravité et gratitude. Fragilité de Paula.

380 bis/. 10 avril. Après-midi à Castet avec Françoise X*. Chemin du col de Jaout jusqu’à la oulette. Avons pris le chemin de gauche qui traverse la forêt de Séquès. Grands hêtres arrachés par la tempête. Neige fraîche. Apercevons un jeune chevreuil à la robe très foncée. Retour à travers bois sur la voiture par un beau cheminement assez sauvage. Retrouvons Paula* qui promène Julia* (2 ans) sur la route.

380 ter/. 27 avril. Orthez. Avec Jean* et Baptiste*. Col d’Osquich (500 mètres). Montée à pieds à la chapelle Saint-Antoine, 706 mètres. (Trois motos trial, un 4X4, je proteste ! Tout de même, la paix pastorale domine encore !!)

381/. Jeudi 3 mai. Lac d’Estanès, Rueba del Boso. Je repars -seul- pour Espelunguère. Départ Pau 15 heures. (88 kilomètres au parking). La petite tente-parapluie est plantée à 17h30, à hauteur du carrefour entre GR10 et chemin d’Estanès. Le coin est très beau avec le travail des sangliers partout inscrit sur la prairie. Dîner 19 heures. Je prépare un feu... mais la pluie d’orage m’oblige à gagner la tente et à la fermer. (Lecture du Canard). Coucher 21 heures. La pluie redouble pendant deux bonnes heures. Nuit très pénible. J’ai froid. Réveil à 1h30. Ciel étoilé. Grand beau demain ?

Le 4. Réveil vers 6h30. Mauvais début : un faux mouvement à froid et c’est un claquage douloureux à la hanche gauche. Départ quand même à 7h30. Beau sous-bois. Les balises mènent à la maison des Eaux-et-Forêts (?), fermée. Je suis le chemin en corniche. Le « pas de l’échelle » est fort beau et l’arrivée au col de Bernère spectaculaire. Le lac est vidé sur une bonne vingtaine de mètres. Les sommets très enneigés, mais il fait trop chaud déjà et la neige ne tient pas. Au sud-sud-est un beau cairn sur un sommet rond où l’on voit bien un bon cheminement. J’irai là. Je passe autant que possible par le rocher qui est raide, mais il faut traverser de grands névés où l’on enfonce jusqu’aux genoux.
À mi-pente : des cris de bêtes qui s’entre-tuent... Ce sont des marmottes-perce-neige...
Sur la pente de neige, en face, à une trentaine de mètres (photo), une traînée de terre sous un trou noir ; une femelle, sans doute, chasse un intrus qui revient à la charge malgré des coups qui lui arrachent des cris de douleur. (Rien à voir avec les sifflements sympathiques habituels). Les queues s’agitent frénétiquement. Cela doit faire partie d’un rituel d’intimidation. Le combat dure un bon moment et les traces se multiplient autour du trou, jusqu’à ce que le vaincu s’avoue vaincu et fuie lourdement vers le haut, queue basse. Mais il se ravise et revient pour un ultime effort. Vite déçu, il reprend sa trace de fuite, portant manifestement toute la misère du monde.
J’arrive sur la crête. Là, c’est un couple de chocards, bec jaune superbe sur ce plumage noir. Le nid ne doit pas être loin -la crête calcaire est un lapiaz plein de trous- car ils se laissent approcher et tournent après sans s’éloigner.
J’arrive au sommet. Il est 10h30. Aucun doute possible, c’est le Rueba del Boso (2419 mètres). Vue extraordinaire, très lisible du Sesques au pic d’Aspe -tous les grands familiers- mais bien difficile à déchiffrer à l’ouest et au nord-ouest. Terra incognita. Les schémas minuscules ne semblent pas parler de faces et de parois, de crêtes si fières !
Les nuages se forment et arrivent par vagues. Départ 11h30. Je prolonge un peu trop l’arrêt au col de Bernère. Arrivée à la tente avec la pluie et la grêle. Sac avec en plus le poids de l’eau. Voiture à 14h15.

382/. Col d’Anisclo, traversée nord-sud.
2 juin. Appel de Bernard* qui me propose de me joindre à une randonnée avec Nicole*, Dominique* et Jacques Pascal*. La traversée du col de Nisclo ! Les Pascal sont surentraînés et des rapides... Je redoute un peu... Mais l’invitation est si affectueuse et le projet si beau. Les préparatifs sont faits en vingt minutes et j’arrive à Hèches avant 22 heures. (NDLR : annotation en marge  : Bulletin section du sud-ouest octobre 1934. Excellente description dans Paul Joanne*, « Itinéraire général de France », 1882, p.208).

3 juin. Départ vers 7 heures. Nous laissons la R9 à San Urbez (ou Urbano) et repartons avec la CX des Pascal pour Pineta. (Ils ont amené leur chienne, grande bête fort encombrante !)
Laissons la voiture à 2 kilomètres avant le Parador (1240 mètres). Il est 10 heures. Pour traverser le Rio Cinca, il faut se déchausser et se mettre à l’eau. On traverse une tourbière un peu inondée pour prendre le chemin près d’une cabane en ruine. 10h30. Chemin bien balisé qui, après une traversée vers le nord-ouest, monte raide sur des pentes superbes exposées au nord-est. On ne s’arrête pratiquement pas. Je peine pas mal et j’ai très faim. On finit par un large couloir de neige (je fais une petite glissade désagréable), puis une traversée en corniche vers la gauche pour atteindre une belle pente terminale et la corniche du col supérieur d’Anisclo. Il est 15 heures. Nous mangeons à l’abri sur une belle banquette tournée au nord-est. Les Mont Perdu, Ramond, Olas sont dans un nuage noir menaçant. Repartons à 16h10.
Descente magnifique (toujours rive gauche). La fonte des neiges est au maximum : cascades partout du haut des falaises grises. On musarde un peu. Photos. Sommes à Fon Blanca vers 18 heures. L’endroit est prodigieux. Peu après, on cherche à passer rive droite comme l’indique la carte. Deux cairns nous incitent à tenter une traversée. Jacques s’engage. Il a de l’eau jusqu’au haut des cuisses. La chienne le suit et est emportée ; elle disparaît deux fois dans deux chutes successives mais reprend pattes rive droite. Grosse émotion. Jacques continuera rive droite avec la chienne, mais nous préférons suivre le chemin qui remonte rive gauche. Il est admirablement tracé.
On passe à une bifurcation où prend un chemin qui doit rejoindre la route de Puertolas ; nous, nous continuons dans la gorge où notre chemin descend en lacets pour aboutir à un beau pont tout neuf où « Jacques et son chien » nous rejoignent non sans peine. (Le vieux chemin rive droite et le nouveau rive gauche se rejoignent). Il est 19 heures. La frontière ferme à 23 heures. Vallée splendide mais immense. L’enchantement des forêts (buis, hêtres, oiseaux, crapauds énormes) et des cascades ne fait pas tout à fait oublier la fatigue. Sans un arrêt, nous ne retrouverons la R9 qu’à 22h30. À Escalona, trouvons la « Fonda Revestida » où l’on veut bien nous servir à 23 heures + (repas joyeux) et nous coucher. Douches vers minuit. On a téléphoné aux enfants pour qu’ils ne s’inquiètent pas. (En douze heures, nous avons monté 1250 mètres et descendu 1500 mètres... Mais la distance est d’au moins 25 kilomètres, avec à peine 1 heure 30 d’arrêts. C’est trop « marche ou crève » mais on oublie vite çà et l’émerveillement demeure).

383/. 9 juillet. Pierre et Henriette* arrivent vers 13 heures. Repas de fête bien arrosé. Nous ne prenons la route de Bénasque que vers 17 heures. (Aucune envie de conduire, j’accepte donc de dépendre de la 405. Je me laisse porter sans remords). Partons sous un ciel gris. Nous ne trouvons le soleil qu’à la sortie du tunnel de Bielsa. (Nous ne nous sommes pas arrêtés à Hèches, il était trop tard). Belle route du col de Forada (1020 mètres). À Bénasque, trouvons place tout de suite dans le premier hôtel, sur la gauche avant le pont. Il est ouvert depuis trois jours. Confort et banalité du neuf. C’est tout de même bien construit, belles pierres. Ma chambre (202), a une loggia ouverte vers le Pic de Cerler.
Nous ne projetons pour demain qu’une simple mise en jambes....

10 juillet. Pic de Malibierne (3067 mètres). Allons voir la route de la vallée de Malibierne. La 405 fait du tout-terrain. Arrivons au refuge de Pescadores. Béton sans grâce. Trop de monde. Nous sommes près du Puente de Coronas, vers 2000 mètres. Il est 10h30. Nous montons vers Llosas. Sous-bois superbe, torrent merveilleux. L’optimisme fait germer « l’idée » : et si nous allions dès aujourd’hui jusqu’au Pic ??

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Course 383 ; pic de Malibierne ;
10 juillet 1990. Henri Ferbos en marche vers le Malibierne.
(Photo Pierre Fougère).

Suivons les balises du GR11. Au déversoir d’un lac comblé nous traversons rive gauche. (Nous n’avons pas vu la cabane de Llosas, elle doit pourtant être dans le coin...) Encore un ressaut boisé puis des pentes raides jusqu’au premier lac de M. Le chemin contourne les deux premiers lacs par le nord et non par le sud comme indiqué sur la carte et par Ollivier*. Parcours en montées et descentes dans du beau granit. Vires. Entre le deuxième et le troisième lac, passons rive gauche. (Rencontrons quatre randonneurs qui descendent). La montée commence plein sud vers le col sans nom (2720 mètres). Il est peu marqué. Nous passons trop bas sous le Lago Helado que nous ne voyons pas. Cela nous permet de suivre un bon talweg de neige qui nous mène presque jusqu’au col d’Arnau, sur l’arête est-sud-est du pic. Vue magnifique sur le pic et sur l’ouest. (Rio et Pico de Llauset). L’arête est belle et facile. Beau calcaire gris. Sommes vite à l’antécime (3030 mètres). Pierre et Henriette en restent là. Je pars en vitesse jusqu’au sommet (3067 mètres) qui est très beau. Las ! J’ai laissé mon sac à l’antécime. Le Passo de Caballo et le Culabras auraient mérité une photo. La vue est de toute beauté. Le massif, du Pic d’Albe au Pic Russell, puissant et complexe. Il ne manque pas à faire... C’est un petit coin du monde et c’est portant inépuisable.

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Course 383 ; pic de Malibierne ; 10 juillet 1990.
Henri Ferbos au sommet.
(Photo Pierre Fougère).
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Course 383 ; pic de Malibierne ;
10 juillet 1990. Henri Ferbos sous le sommet.
(Photo Pierre Fougère).

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
Il est 18 heures ; il faut descendre. Nous prenons des éboulis sous la crête, puis reprenons la neige. Je m’offre quelques ramasses. Le Lago Helado nous apparaît d’en haut très beau. Il est encore bien helado. Pierre et Henriette souffrent. J’ai mal dans le dos, mais le coucher du soleil sur les Posets et Gistain contrebalance largement. Il fait encore jour pour traverser le gué du Pleta de Llosa. Puis la nuit nous prend doucement dans la forêt. Il est 23 heures quand nous retrouvons la voiture. Mise en jambes réussie.
À 24 heures, l’hôtel ne peut nous servir que des sandwiches au jambon et à l’huile. Mais deux bières suffiront à notre bonheur. Et enfin un bain...
(Dénivelée : plus de 1000 mètres... à 70 ans).

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Course 383 ; pic de Malibierne ; 10 juillet 1990. Henri Ferbos et Henriette Fougère font une pause.
(Photo Pierre Fougère).
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Course 383 ; pic de Malibierne ; 10 juillet 1990. Le col d’Aneto, le pic des 5 frères et le pic des tempêtes.
(Photo Henri Ferbos).

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 

11 juillet. Repos. Lettres. Lecture de Michel Serres, « Les cinq sous » (c’est une deuxième lecture). Visite de Cerler. Juxtaposition étonnante du vieux village et de la station « moderne ».
Le positif du « moderne », c’est bien d’imposer ce voisinage... Changement, glissement, métissage sans violence. Est-ce possible ? Aimer la vieille église sans ignorer son sens. Aimer le neuf dont le sens ne se réduit pas au mercantilisme qui le motive, pas plus que l’église ne se réduisait à la domination de la caste sacerdotale. Difficulté d’être à la fois critique et ouvert ! Un monde bourgeois triomphe ici du monde paysan. Comment ne pas être passéiste et défendre quelque chose des vaincus sans calomnier les vainqueurs ? Notre aujourd’hui affairiste et bâtisseur a, lui aussi, droit à l’attention et à la justice... quand il ne fait pas n’importe quoi...
L’ouverture m’est difficile par l’âge, par le goût archaïque de la solitude, le dégoût des « touristes » ridicules et criards, sales et grégaires. Une vraie « démocratie » peut-elle sauver les goûts aristocratiques ? Si elle ne le peut pas, tout n’est-il pas voué à être perdu ?

12 juillet. Allons déjeuner à la Fonda Sayo (citée par Arlaud* en 1929. La Montagne). Sauf un aigle empaillé, aucune trace du passé. On est en face d’une très belle demeure : est-ce le « palais du Regatillo d’Aragon » ?
Nous montons à la Rencluse. Parking monstrueux : des centaines de voitures. Je parie qu’il n’y a pas un touriste sur dix qui ait quelque chose à faire ici. Ils sont ici par désœuvrement non par passion, pour « faire quelque chose » non pour aimer, pour se désennuyer non pour connaître.
Accueil par une jeune Espagnole très belle, mais sans doute à cause de cela toutes griffes dehors. Etrange cette peur-désir d’être agressée qui rend à ce point agressive !

384/. Pic d’Albe (3118 mètres). Dîner à côté de deux Allemandes « mûres », mais beaucoup plus sympathiques. Nuit très pénible. Insomnie.

13 juillet. 6 heures. Partons pour le Pico de Alba. Henriette*, qui souffre encore des pieds, ne viendra pas.
Erreur dès le départ. Suivons sud rive droite du rio de la Maladeta, alors qu’il faudrait traverser à gué dès la fin du plat pour rejoindre plein est le rio de Padane. (Le chemin prend près d’une petite construction cubique inachevée). Nous montons trop haut. Lumière merveilleuse, multiples plans bleus jusqu’au Montcalm (?) Nous nous trouvons sous le glacier ouest de la Maladeta. Il faut redescendre : dalles de granit, blocs énormes, moraines grises (« morraine » est tellement plus rocailleux que moraine !!! (NDLR  : commentaire écrit dans la marge par Henri Ferbos qui avait mis dans un premier temps deux r à moraine puis avait corrigé) , pour rejoindre la haute vallée de Padane et trouver le sentier bien cairné qui monte à gauche au sud du col. Bouquets de rhododendrons en pleine floraison. De cairn en cairn, plus de problème. Je prends le plus possible la neige jusqu’à une vire croulante qui finit, en couloir pourri, à la brèche. Un bout de crête, une traversée sud-ouest par la neige, puis encore du terrain raide et croulant. Sommet 11 heures. Plaisir de voir le Malibierne. Je vais aussi aux deux cairns. Le temps est très lourd, nous avons trop soif pour avoir faim. Il y a trois Espagnols et quatre Français (dont un adolescent charmant et bavard). Nous descendons après les Espagnols. Ramasses. Joie de la première eau. (On se fait un lait glacé). Arrêt au lac Paderne, superbe. Bière à la Rencluse. Voiture 18 heures. Nous retrouvons le San Anton.

14 juillet. Visite d’Aneiles. Sans « station ». Montée à Cerler pour dîner à la Fonda Picada. Très bon.

15 juillet. Retour par Viella.

385/. 19 juillet. A Hèches pour le 42ème anniversaire de Nicole*.

22 juillet. L’envie de revoir Bénasque.

23 juillet. (Solo). Montée au lac de Gregonio. Forêt, cascades. Un couple de 20 ans, assez nus, superbes, accordés au paysage comme Adam et Eve au premier jardin. On se dépasse plusieurs fois. Sympathie. On se parle malgré l’obstacle de la langue.
Au lac, je monte des dalles à l’ouest, puis reviens au déversoir pour monter à l’est sur le bel éperon qui descend du pic de Gregonio. Rencontre d’un grand troupeau de chèvres. Cornes-lyres, têtes masquées de dessins étranges... On est encore au premier jardin !
Le temps se couvre. Pas d’emplacement pour la tente-bivouac que je viens étrenner.
Saturé de montagne... Envie de rentrer chez moi. Le pic d’Eroueil que je voulais gravir demain paraît loin et sinistre sous les nuages. Je commence la descente. Au début du chemin, sous les blocs et les dalles vers 2600 mètres, un petit carré d’herbe au bord de l’eau. À 16 heures, la tente est plantée. Les jeunes descendent, je reste.
Vers 19h30, surprise : les isards reprennent possession de leur territoire. Un premier s’immobilise à ma hauteur, à l’ouest. Puis deux jeunes traversent au-dessus de moi. Le premier ne s’attarde pas et disparaît dans le chaos, mais le second ne le suit pas. Il piétine sur place, visiblement partagé entre la crainte et la curiosité. On s’observe. Il descend un moment et se rapproche... Puis la crainte l’emporte. Tout cela a duré un petit quart d’heure. Quatre autres apparaissent à l’est, s’arrêtent et remontent, mais un cinquième descend à toute vitesse vers le torrent. Il ne m’a pas vu. Je dois occuper l’endroit où ils viennent boire. Arrêt brusque et fuite sur les dalles. Enfin j’en vois plusieurs qui se détachent sur le ciel, sur la crête du verrou du lac.
Etrange comme ces présences m’émeuvent, alors que les animaux domestiques me gênent ou m’intéressent si peu.
Lumière splendide sur Eristé, Posets, Perdiguère... Je mange vers 7h30, en faisant durer le plus possible chaque opération, chaque geste.
Quelques gouttes de pluie. Dans le sarcophage avant 9 heures. Confort relatif. Je m’endors vite, puis suis réveillé par une averse et par le vent. La tente tient bien, pas de condensation.

24 juillet. Réveil 7h30. Départ 8 heures, sac léger. Aucune envie de me forcer pour l’Eroueil. Je ne vais pas vers le déversoir du lac, je suis vers la gauche un « cheminement naturel » vers la belle croupe granitique qui ferme le lac au nord. Je surprends un couple d’isards avec trois chevreaux. Montée agréable et rapide. Arrivé au petit col entre le Pic Le Bondidier et le tuc 2954. Je vais au sommet du tuc : beau bloc bien cairné, très belle vue. Il n’est pas 10 heures. Envie de paresser... Mais tout de même !
Le col d’Albe et la Dent semblent tout près. Chaos aux blocs instables et bons névés. Il me faudra une heure pour y aller. Vue au nord du col d’Albe superbe. Je laisse le sac et grimpe à la Dent. Facile. Je fais la pointe 3101 et la pointe 3118 (c’est la « Muela de Alba »). J’hésite à descendre dans la brèche ; la troisième pointe, toute grise, ne paraît pas en aussi bon rocher. C’est très noir derrière l’Eroueil et sur les Posets. Ça suffira comme ça. Retour au col... sans honte. Est-ce un instinct d’animal solitaire : il ne fallait pas y aller. Descente. Un grand isard fait tomber des pierres dans le ressaut sous le col Cordier. Quelques instants après, un jeune traverse le névé à une trentaine de mètres devant moi.
Un peu de pluie, mais qui s’arrête à temps pour me permettre de plier la tente presque sèche. Un berger fait monter un grand troupeau de brebis. Le sac me paraît plus lourd qu’à la montée et surtout le chemin plus mauvais. Il est par endroit abominable. Le tonnerre claque plusieurs fois, mais pas une goutte d’eau. L’averse de grêle ne me prendra qu’en dessous du Pleta de Gregüena (c’est mieux que Gregonio !) J’arrive à la voiture vers 16 heures encore sous la pluie. De 3118 à 1468, j’ai descendu 1650 mètres. J’ai mon compte !
Je ne remonte pas vers les Baños, je descends vers le Plan de Sanatra. Route très mauvaise. (Je m’apercevrai à Pau que je n’avais pas de roue de secours... Bignet* ne l’avait pas replacée !)
Course heureuse. La solitude permet de percevoir vraiment la présence animale. On s’émerveille de se sentir accordé à l’animalité parce que solitaire. J’ai senti aussi que la montagne n’est belle que parce qu’elle « va bien » à l’isard et que l’isard n’est beau que parce qu’il « va bien » à la montagne. Le beau est dans l’accord, c’est comme pour la beauté de chacun dans un beau couple.

386/. Grand Barbat (2813 mètres).
Paul* et Rosane* sont à la Bouygue (au-dessus d’Arrens-Marsous). Je les y rejoins le 29 au soir. Temps couvert incertain. Avec les enfants il y a onze personnes dans la bergerie. Aussi je plante la tente à côté.

30 juillet. Réveil à 4h45. Grand beau temps. Avec Paul*, Xavier* et Vincent Merle*, quittons le lac d’Estaing à 6 heures. (Nous trichons un peu : la voiture nous porte sur le premier lacet, vers 1250 mètres).

Premier arrêt au-dessus du lac du Barbat vers 8h30. Sommes passés trop bas au bord du lac. Le chemin prend au contraire plus à gauche, en haut de l’éperon qui ferme le lac.
Un homme manifestement du pays -bâton, allure de berger- nous dépasse.
Montée à la brèche du Barbat, très pénible. Caillasse très instable, sable. Nous longeons, autant que possible, le rocher de la rive gauche du couloir, sous le Badescure. On verra en haut qu’il aurait mieux valu suivre la rive droite.
Je retarde « les jeunes »... Sommes à la brèche à 11h15. De là au sommet, cheminement bien tracé et très agréable. J’arrive bon dernier à midi. Sommet splendide. Vignemale et Balaïtous resplendissent. Entre les deux, Fache et Enfer à moitié caché. Beaux premiers plans, entre autres l’extrémité sud du lac d’Ilhéou comme un joyau sous nos pieds.
L’homme-berger est là et l’on participe au grand jeu qui consiste à nommer tout ce qu’on voit. En nommant, on voit de mieux en mieux. Cela nous occupera jusqu’à 13h30.
Jean Crabette* est d’Aucun. Il nous montre quelques maisons de son village qui paraissent très bas au nord. Il a été facteur et a porté des lettres à la Bouygue. Il connaît le nom de Merle. Il a eu plus de cent brebis ; il en a encore cinquante, mais il a l’âge de la retraite... « Mais j’en garderai vingt, pour la passion ».
Je suis émerveillé : il est beau, calme, simple et plein d’intelligence.
À Gregonio, je sympathisais à la jeunesse, ici, l’admiration s’ajoute à la sympathie. Rarement homme m’a fait une telle impression.
Michel Serres a raison quand il dit que le fait le plus important de cette fin de siècle c’est la disparition du monde paysan. Ce monde engendrait de tels hommes !
Nous le laissons au sommet et sommes vers 14 heures à la brèche. (Je fais une mauvaise petite chute qui me fait saigner sur le tibia gauche). Nous descendons au sud vers le lac du pic Arrouy. Xavier et Vincent coupent en appuyant tout de suite à droite -ils sont pressés. Paul et moi prenons le chemin et contournons le lac Long par le sud. Chemin superbe. Nous nous retrouvons avant le lac Nère. En dessous, la fatigue se fait sentir ; nous faisons un arrêt. Surprise des grandes cascades, aussi grandes et belles que celles de Grégonio. Enfin le Plaa de Prat et son petit refuge de béton. Vallée immense. Il y a encore 900 mètres à descendre.
Bière au lac d’Estaing à 19 heures.

6 août. Pène Haute. Jacques Pascal*, Dominique*, Johan* et Pierre* grimpent. (Johan dans le 7 sup !)

7 août. Montons à La Pez jusqu’au refuge Forgues.

387/. Pics d’Enfer.
17 août. Paul* arrive de la Bouygue vers 14 heures. Repas abondant. Nous nous décidons pour Panticosa. Le temps, un peu nuageux en France, se découvre au Pourtalet conformément aux bons usages. Plaisir de voir notre objectif depuis la route.
Trouvons Panticosa encombré de voitures, mais aussi plein de jeunes. La joie de vivre l’emporte nettement sur la laideur et l’ennui.
Je prends une chambre dans le vieux « Gran hôtel » délabré. (C’est satisfaire sans dommage mon fond de passéisme coupable...) Nous évoquons Russell.
Dîner très bon. Quel vin ! Demain, réveil 5 heures.

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Course 387 ; pics d’Enfer ; 18 août 1990.
Henri Ferbos aux pics d’Enfer
dans un décor de rêve en "pyrénérama".
(Photo Pierre Fougère)

Samedi 18 août. Nous nous faisons un thé dans la chambre. Départ 6 heures. Montons à la frontale dans le barranco das Argualas. Le jour est levé quand nous arrivons sur la grande estive où le chemin tourne à droite, au nord. Sous la Malata das Argualas, nous sommes dépassés par un groupe d’une trentaine de « touristes » -genre cyclistes, sans femmes- qui montent en courant. (Ils vont au Garmo Negro). Ils prennent le ressaut tout droit, alors que le bon passage est tout à fait à droite, vers le nord-est. Le chemin prend le haut du ressaut en écharpe, remontant vers l’ouest-nord-ouest jusqu’au col de Pondiellos. Blocs, pierrailles, un peu d’herbe... « Mais où sont les neiges d’antan », celles du 7 juillet 1988 avec Pierre Fougère ?!
Par contre, les isards sont encore là ; nous en voyons trois, superbes dans leur fuite vers l’aval.
Au col, nous trouvons un autre groupe de touristes -ils sont huit ou neuf, encore sans femmes-. (Le « touriste » se reconnaît à ce qu’il se fait photographier mais ne photographie pas la montagne). Paul tire « le groupe » avec les appareils de chacun. Ils sont ravis. (J’éprouve les impressions condescendantes d’un vieil « aristocrate » pour des « parvenus » encombrants... C’est pas bien, mais c’est comme ça !)
Il est 9h30. Nous les laissons partir et mangeons un peu. La grande face sud et son couloir m’impressionnent un peu. Ça va être rude. Nous traversons vers le col de Sarettes ; de là, c’est déjà moins impressionnant. Sommes bientôt sur les pentes de caillasse mouvante. Pénible, si bien qu’on trouve bien agréable l’ombre dans le grand couloir. Nous y restons. Progression facile entre deux bouts de névé et le rocher de la rive gauche. Sous la crête, nous sortons par les plaques de la rive droite où le soleil est maintenant bien agréable. (C’est tout l’art de vivre : faire se succéder les contraires au bon moment...)

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Course 387 ; pics d’Enfer ; 18 août 1990.
Henri Ferbos au sommet du pic oriental.
(Photo Paul Ferbos).

À 11h30, nous sommes sur le sommet oriental (3076 mètres). Nous y trouvons un beau couple espagnol avec leur petite fille de 7 ans. J’écris avec un caillou sur une pierre du cairn : 70 ans. La petite fille semble trouver ça amusant. (Qu’est-ce qui est le plus étrange sur ce sommet, l’enfant ou le vieillard ??) Les parents sont de vrais montagnards. On identifie à tour de bras. (Posets, Eristé très nets à plus de 60 kilomètres ; mais, très loin, peut-être, le Montcalm, Estats, à environ 130 kilomètres).

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Course 387 ; pics d’Enfer ; 18 août 1990. L’œil embrasse la chaîne des pics de Clarabide aux Boums.
(Photo Henri Ferbos).

Nous restons seuls, pendant qu’il y a foule sur le sommet central -au moins cent personnes... Vers 13h30, il faut tout de même y aller. (Deux heures au sommet !) Il faut enjamber des corps étendus. On ne s’attarde pas, bien que la vue sur le Garmo Negro et Piedrafita soit très différente. Deux photos et on continue vers le sommet occidental. Belle crête facile ; il y a encore un beau reste de glacier nord avec crevasses.

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Course 387 ; pics d’Enfer ; 18 août 1990. Depuis l’antécime, la vallée qui ramène aux Baños de Panticosa ; vue panoramique du pic Pavot aux Boums.
(Photo Henri Ferbos).

De la cime occidentale (3073 mètres) Formigal et Sallent sont comme des jouets posés dans le décor. Ça paraît moins « réel » que la montagne. Une piste quitte la crête et descend le long d’un éperon sud-ouest. Facile mais dangereux. (À un moment, je fais une traversée au-dessus de la piste ; ça me paraît plus simple et plus élégant ; un bloc part ; j’ai bien failli partir avec... Un coup sur le tibia gauche. Ça saigne un peu. Bon réflexe et pas la moindre peur).
La piste repart au nord par une belle vire entre calcaire gris et « permo trias rutilant » (?) (Dendaletche*), entre le « blanco » et le « negro ». (Dans les grandes dalles grises ouest, il y a deux grimpeurs).
 

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Course 387 ; pics d’Enfer ; 18 août 1990. Vue plongeante sur le lac de Tebarray ; dans le lointain, l’Ossau.
(Photo Henri Ferbos).

Nous sommes bientôt au-dessus du lac de Tebarray. L’éperon nous entraîne trop à l’ouest et nous ferait manquer le col d’Enfer. Nous le quittons pour traverser vers l’est-nord-est jusqu’au col. Il est 15 heures. La halte est courte. Excellent chemin de moraine balisé jusqu’au lac d’Enfer. Lac bien mal nommé : c’est un « paradis » sur un beau plat herbu. Des jeunes se baignent, c’est l’Eden... La diablerie des crêtes y semble une plaisanterie d’un vieux dieu bienfaisant, faisant les gros yeux...
Bientôt le grand lac de Bachimana, puis l’extraordinaire vallée qui nous ramène aux Baños.
En passant, j’ai un regard particulier pour les vasques de granite où Isabelle* et Marie-No* se baignèrent le 17 août 1988. (Ainsi la petite mémoire des heures humaines s’inscrit dans la grande mémoire géologique de la montagne...)
Arrivée aux Baños vers 18 heures. On prend le temps de la bière fraîche. Très belle route au soleil bas. Gabas, au chalet-refuge du CAF.
« Vous n’êtes pas claveciniste ? »
C’est un percussionniste qui pose la question à Paul. Sympathie. Hélas, rien n’est jamais parfait : chute et entorse en sortant...
Le tendon d’Achille était sectionné. On m’opérera le 10 septembre. L’année 1990 est finie pour la montagne...
(Suis tout de même allé à Corps voir Monette* et Jacques*. 1475 kilomètres. Me suis baigné le 3 septembre à Agde, en boitant... Le 5, sommes allés à La Chapelle en Valgaudemar en boitant plus encore. Je ne reviendrai pas à la Tête des Fétoules ! Jusqu’où peut-on être « dur au mal »... sans tomber dans l’absurde ?..)

(Onze sommets dont six nouveaux 3000.
Trois cent soixante dix-neuf sommets, dont cent quatre vingt deux 3000 ; quatre vingt-quatre différents).

1991

26 janvier. Invité chez Salé*, à Arrens. Y retrouve Pierre et Henriette*.

388/. 27 janvier. Temps splendide. En voiture au col de Bordères (1169 mètres). Belle neige. Montons nord-est. Grange en ruine, bois. Rejoignons l’arête ouest du pic. Sommet du Pic de Pan (1489 mètres), un joli piton rocheux. Henriette et Salé restent à l’antécime. A cinq mois de l’accident, à quatre mois de l’opération, le tendon d’Achille recousu se comporte assez bien.

9 mars. De Hèches, monté seul au Pourrassa (960 mètres). En 1930, le sommet était rocheux, la vue était libre. Soixante ans plus tard, il est boisé. Les hêtres du versant nord ont conquis le sommet. Vue du Spijeoles aux Posets. Photos.

389/. 4 avril. Mauvais temps, mais il faut que je marche et que je me vide un peu la tête. Départ midi juste. Au plateau du Benou, je laisse la voiture dans le virage de l’Artigasse. Il est presque 13 heures. Un sentier monte sud-sud-ouest. On passe près d’une ancienne carrière de marbre. (très beau bloc coupé gris-bleu-rosé). On sort de la forêt, montée herbue rive droite. Le chemin atteint un replat après un passage taillé dans le rocher. On tourne vers l’ouest. Grand vallon. La pluie commence à tomber et le vent est froid. Les gouttes deviennent des cristaux de grésil. C’est beau et j’aime (comme j’ai aimé des femmes querelleuses...)
Repéré un petit col enneigé au bas de l’éperon nord de l’Ourlénotte. Il détache un petit piton boisé mais raide (1493 mètres). Quelques mètres de grimpette. Il est 14h10. La pluie a cessé. J’ai même un peu de soleil. Les « nuées » noires sur les crêtes. Je mange avec grand plaisir. En face, au sud, la paroi du Rocher d’Aran montre deux trous. On peut peut-être accéder à l’entrée du bas. Revenu au col, je fais une tentative... J’arrive à un second collet, mais c’est très raide et très glissant. Je renonce. (Je ne verrai pas la tanière des ours ; on y pense forcément). Le mauvais temps revient fort. Les premiers sapins font un bon abri. Je cherche les bêtes à la jumelle. Sans succès. La forêt est exploitée n’importe comment. (Beaucoup de bois abattus pourrissent ; couper au moteur est facile, débarder est plus difficile ; paresse et bêtise). Suis étonné de retrouver déjà la voiture. Le tendon s’est bien comporté.

390/. 11 avril. Départ 10h30 vers le Bitet. Honte ! Je continue en voiture jusqu’au pont. 11h40, prends le large chemin forestier qui reste rive droite. Juste avant la conduite forcée, le sentier prend à gauche et passe bientôt sous la conduite. Le sentier se perd en montant à découvert vers l’ouest. On le retrouve à l’entrée de la forêt un peu plus haut. Montée raide en sous-bois sud-ouest puis traversée plein sud jusqu’à l’Artigue de Sesques. La cabane est un beau petit refuge neuf bien situé (1413 mètres). 12h50. J’y reste dix minutes. La neige devient abondante. Je suis de vieilles traces de skis. La forêt à nouveau. « Apparition » du Capéran. La pente faiblit. On tourne sud-ouest. Le Cuyala est une vieille cabane aux tôles rouillées, adossée à un gros bloc. Bien du charme, mais fort sale... (14h30). Les flancs sud de la crête de Sesques sont déneigés. Je continue rive gauche, contourne deux croupes et monte un grand cône de déjection vers trois petites cascades qui tombent des ressauts. Je m’arrête vers 16h15, en haut du cône, sous la cascade centrale. Bel observatoire sur le Capéran et tout le cirque de l’Arrec de Sesques. Je vois le Ger et l’Amoulat par dessus la crête du Bec de Sesques. Je suis donc à plus de 2000 mètres. Trois-quarts d’heure de contemplation. (Entre autres choses, je cherche à voir l’animal dont je suis la trace fraîche depuis le refuge. Une sorte de patte de chat : deux griffes centrales très avancées, quatre coussinets en losange... J’enrage de mon ignorance !) Je lève un couple de perdrix.
17 heures. Descente ultra prudente. C’est raide et les passages de neige mauvais. Retour au refuge, 18 heures. J’y reste une demi-heure. La chute du jour est solennelle... Le chemin, fort peu pratiqué manifestement, me paraît plus raide et plus mauvais qu’à la montée. La cabane de Razies, pas vue à la montée, n’est qu’une ruine. J’ai cueilli quatre jonquilles (pas cinq...) Retrouve la voiture vers 19h30. Pendant que je me louais de n’avoir pas rencontré de « touristes », ni âme qui vive dans ces solitudes, je vois arriver une colonne militaire : capitaine en tête, trois sections lourdes, environ cent cinquante hommes super harnachés avec armes impeccables. Je demande : « Où allez-vous comme ça ? » L’officier me répond : « Je ne sais pas. On va coucher là-haut ».
Rien n’est jamais parfait...

7 mai. Hèches. Temps exécrable. Monté tout de même seul au col de Couret. (Nous l’appelions jadis « col aux fraises » ; on y trouvait de véritables champs de fraises des bois). J’arrive au col très enneigé (986 mètres) sous le grésil. Je dérange un sanglier qui fuit en « grommelant » si fort que « grommeler » ne convient pas... Il crie encore longtemps dans la forêt. J’ai du lui faire très peur !
Bien qu’il y ait une piste taillée au bulldozer venant du côté d’Esparros, impression de solitude sauvage magnifique. On ne détruit pas la nature si facilement.

10 mai. Toujours le mauvais temps, cette fois au col de Pourrassa.

19 mai. Seul à Suberpène.

20 mai. Avec Didier* à Pène-Haute : beau « spectacle » d’escalade dans la falaise.
Faux départ le 25 mai et le 28 (panne de freins !) course avec Jean* ratée...

391/. Toujours le mauvais temps... Le 1er juin au soir ça se découvre. Décision immédiate.

2 juin. Départ 7h30. Retour au Bitet. Voiture au pont, 8h30. Plaisir de reprendre un chemin déjà familier... « Déjà » ! L’Artigue de Sesques ! J’ai oublié ma montre. Je ne m’arrête pas et continue jusqu’au Cuyala. L’Arrec de Sesques est encore très enneigé. Hésitation... Les pentes du col m’intimident... C’est avalancheux. Je me décide pour le lac de Sesques. Il y a un bout de sentier assez haut. Je remonte un peu rive gauche puis traverse rive droite et monte sud-est entre herbe et neige, jusqu’à un bassin au pied des crêtes des Sérous. Le bassin est tout en neige. Emotion : une superbe trace, doigts et talon bien marqués ; dix centimètres environ ? Non, sans doute marmotte. Ça n’en est pas moins émouvant. Seul, dans un « désert » si sévère, la moindre rencontre animale tient du miracle. Je continue en montant est-sud-est. Deux gros champignons de glace sur le névé -des « pénitents ». Pas de lac, mais devant moi une arête qui descend de la pointe 2282 des Sérous. Il y a une centaine de mètres raides à grimper : couloir herbu déneigé puis éperon rocheux. Le coin n’est sûrement pas très fréquenté : il y a de très beaux cristaux sur la roche. Tentation... Mais je les « respecte ». Arrivé à la crête, le lac gelé est à mes pieds. Je suis l’arête plein sud jusqu’à la pointe 2099. (Un petit pas de III pour le plaisir). Le « sommet » est assez individualisé pour ma joie. J’y reste bien une heure. La face est-sud-est du Sesques est grandiose. Deux avalanches partent dans ses couloirs avec un fracas superbe. Mer de nuage sur la plaine. D’ici, l’éperon que j’ai gravi est impressionnant... Aurais-je commis une imprudence ?!
Descente au lac facile. Je me laisse tenter par un grand vallon neigeux qui va vers le nord. Trois cents mètres sont vite descendus... (NDLR : Henri Ferbos a corrigé en transformant le 3 en 2 et en donnant l’explication dans la marge : Vérifié sur la carte, c’est 200, pas 300 mètres... Gascon !)
Naïf, je pense pouvoir rejoindre l’Artigue de Sesques directement. C’est souricière : falaises... Une tentative en remontant vers le Bec de Sesques ne donne rien. Il faut remonter les deux cents mètres. Il doit être 13 ou 14 heures au soleil qui cogne dur. Je retrouve mon arête et descends l’éperon sans difficulté, mais très prudemment. Les nuages drapent (NDLR  : Henri Ferbos avait écrit drappent ; il a corrigé en enlevant un p et en commentant : « Deux p faisaient mieux !) les parois des Sérous où apparaissent des « capérans » qui s’en détachent. Mobilité belle et inquiétante : impression de vie dans la matière. Autour du Cuyala, ce sont des renoncules qui m’indiquent l’heure : elles commencent à se refermer. Il y a des jonquilles, des gentianes bleues. Les grandes gentianes jaunes ne sont pas encore en fleur. Deux narcisses sont ouverts. Un jardin. Dans la forêt j’aurai un concert d’oiseaux. Voiture : 7h15 au tableau de bord.
(Circonstance particulière : jeudi, on m’a arraché les deux dernières dents du maxillaire supérieur... Il fallait cette course pour me prouver que la misère de mes dents ne prouve rien contre moi-mon-corps...)

392/. 6 juillet. Didier* me propose une sortie vers l’Ardiden. (J’ai terminé la mise au net d’une troisième version des « Mots ouverts »*. J’en suis « épuisé »...) Départ vers 9 heures. Luz-Grust. Laissons la voiture au pont à 1300 mètres. Prenons un mauvais chemin qui se perd dans un superbe sous-bois. Flore magnifique. Pavots jaunes. Sommes sur la rive droite (alors que le chemin prend rive gauche plus haut, à Aynis). Montée rude jusqu’à une cabane bien perchée sur son promontoire. Coueyla Gran. Là, nous rejoignons le bon chemin. Lac et petit refuge de Lagües, 2039 mètres. Il est 13h30. Nous mangeons au bord du petit laquet. Les crêtes sont couvertes. La montée du grand ressaut est fort raide. Je peine beaucoup... Ce n’est plus le piolet-canne, c’est le piolet-béquille. Enfin le lac Cantet très beau sous le brouillard. Il est 15h20. Je resterai là pendant que Didier ira voir au-dessus. Songerie. J’évoque bien sûr l’abbé Adolphe Cantet*. (Avec lui, le Spijeoles à 14 ans... et les souvenirs de la guerre. Il était prisonnier à Trèves avec Sartre. Evadé, il avait débarqué chez nous, à Caudéran, ses vêtements civils beaucoup trop grands. Nous l’avions aidé à franchir la ligne interzones à Langon. La carte reçue plus tard avec : « Examen de passage réussi »...) Descente sans histoire, moins pénible que je ne craignais. J’ai tout de même le mal à la cheville et au jarret gauche. Suis-je masochiste ??
Arrêt à Luz. (Visite au mur d’escalade de Saint-Sauveur), plus bière délectable... Le moral remonte... Comme il faut peu de choses pour s’aider soi-même !!

9 juillet. Avec Paul*, Rosannne*, Louis* et Laure* et Madame Merle*, partis de la Bouygue, montée familiale au lac de Suyen.

393/. Pierre* et Henriette* sont arrivés le 10 juillet, à midi, de Villebois-Lavalette. Déjeuner. Départ à 16 heures. Sommes à 18 heures au Parador de Viella.

Jeudi 11. Montons à Salardu. Cherchons en vain la route de Saboredo. Nous nous engageons dans celle de Colomers.
9 heures, Baños de Tredos où nous laissons la voiture. Vallée vaste et superbe. Avant l’estanyet de Llosa, Pierre disparaît... Arrivés au barrage, nous nous inquiétons. Je redescends jusqu’au passage qui précède l’estanyet -150 mètres au moins. Pas trace du fugitif. Remonté, allons au refuge. On ne l’a pas vu. (Pendant mes explications mimées... je suis filmé par une équipe de la troisième chaîne télé espagnole !) Nous retrouverons Pierre au deuxième refuge où il nous attend, ayant coupé sous le lac par la rive droite, quand nous suivions le chemin rive gauche. Incident clos. Décidons de monter vers le col de Caldas. Pierre et Henriette restent au « pas de la Ribereta ». Je vais seul au col et monte au petit piton coté 2599. Il est 14 heures. Vue splendide sur les Beciberis et Coma lo Forno, impressionnants.
Descente rendue pénible par une chaleur lourde.
Vendredi 12. Tourisme en route pour Bénasque. Après Vilaller, sur proposition d’Henriette, prenons la route de Bonensa. (Photo de Casterné). Monasterio de Obarra à la sortie d’un défilé superbe. Visite avec un guide bénévole savant et sympathique. Roda de Isàbena : la petite place, l’église XVIIème, le cloître, la vue sur le Turbon au-delà d’un petit cimetière et d’une vallée de cultures en terrasses sinueuses dorées sur le fond gris-vert du désert de pierre et de maquis. Une découverte ! Pour finir, le comedor installé dans une salle ogivale avec cinq tableaux du XVIème, de personnages en pied. Avec bonne table et accorte servante...
Soir, retrouvailles au San Anton. (Encore la chambre 202...)

394/. Samedi 13. Terminus de la Rencluse (1900 mètres) infesté de bagnoles. 9h20. Montée sans histoire Port de la Picada (2470 mètres). 11 heures, prenons la crête de la Tuca de Bargas. Premier sommet, 2521 mètres. Petite escalade. Henriette* s’arrête à la brèche (2502 mètres). Continuons. Le cadre est très beau et c’est amusant. Voyons une compagnie de vautours qui se pose sur le sommet (2627 mètres). Il se détachent sur le ciel. J’en compte huit, mais il y en a plus. Arrivons à un ressaut vertical. Pour le passer, il faudrait prendre à droite par des herbus très raides et peu sûrs. Trop dangereux. Nous préférons renoncer. Nous laisserons donc les vautours tranquilles. Nous devons être vers 2550 mètres. Retour même crête. Il est 14 heures. Il est temps de manger. Devons jeter le vin qui a tourné et est imbuvable malgré notre soif !
Chevaux très beaux aux laquets sous le plat de Cabellud. Michel Carteaud* nous rejoindra ce soir à San Anton.

395/. Dimanche 14. Montée d’Eristé jusqu’aux cascades d’Espiantosa où nous laissons les voitures. Il est 17 heures. Montée merveilleuse en sous-bois où domine l’odeur du buis. On s’enfonce dans cette odeur, c’est âpre et doux. Premiers iris, « Narcissus Pœticus » blancs... Autour du refuge, des lis blancs. Dernier ressaut assez rude.
Le refuge Angel Orus (2095 mètres) est gardé par un jeune couple avec bébé d’un mois et demi... Beaux et sympathiques, mais hélas munis d’un chien.
Je demande où prend le chemin. Il m’indique non le nord-ouest, qui semble évident, mais le sud-sud-ouest ? Nuit pénible ; chacun ronfle pour tous les autres en étant persuadé qu’il ne dort pas... Quelle humiliation ! Ce mauvais sommeil sans perte totale de conscience est une abomination : comme si on mourait à moitié ! Le bon sommeil, comme la bonne mort, devrait ignorer son néant. (Le chien qui chasse dans la nuit en aboyant comme un démon...)

Samedi 15. Lever 6 heures, mais le gardien ne se lève pas... Départ 7h30. Le chemin indiqué (fort peu marqué) nous mène dans la Valle del Forcau, loin du col d’Eristé (d’où je voulais partir pour le Pico de Pavots). Très beau désert de granite. Un petit laquet où nous pouvons boire. Nous devons être vers 2500 mètres. Hésitation : soit essayer de franchir la crête del Forcau pour redescendre vers le col d’Eristé, soit tenter de rejoindre le col de Millares en franchissant la « brèche » nord-ouest indiquée sur la carte. Les deux semblent incommodes et incertains... Préférant le caillou à l’herbe, j’incline pour la deuxième possibilité. Michel*, fatigué, renonce. J’avise une sorte d’éperon qui permet de rejoindre la crête assez haut. Plus haut que la brèche nord-ouest. De là, nous verrons mieux où nous sommes. Nous arrivons à une brèche de beau granite sous un joli gendarme. Le sommet de la Tuca de la Llantia (2943 mètres) semble tout près. Devant nous : Beraldi, Eristé, Baguenada, Pico del Sen. Le sommet qui nous domine au nord est donc bien les Turets (ou Pico de la Forqueta), le 3007 gravi avec Xavier Defos* en 1951... (Quarante ans presque exactement, c’était un 18 septembre...) Descente plaisante. Retrouvons Carteaud*. Photos du lis...

Mardi 16. Tourisme autour de Turbon. Campo, Vilas de Turbon, Villacarli. Retour gastronomique à Roda de Isabena au « Restaurante Hospedria la Catedral »... Soir, dîner à Cerler, à « La Borda del Mastin ». On se soigne !! (Sommes loin de l’ascétisme de 1951 où nous avions bivouaqué quatre nuits consécutives !)

Mercredi 17. Farniente au lac d’Eristé. Circuit par Ramastue, Liri, Castejon de Sos.

396/. Jeudi 18 juillet. Réveil 6 heures. Route (très mauvaise !) de Malibierne. Dans un virage, deux jeunes isards débouchent devant la voiture et traversent vers le haut. Refuge de Pescadores. Départ 7h40. Chemin rive droite, à l’abandon, mais bien cairné. Sapinière. 8h30, premier lac Coronas (à demi comblé). Henriette* s’arrête là. On traverse rive gauche pour monter est-nord-est. Ressaut rude mais rapide. Deuxième lac Coronas. L’Eroueil et le pic Maudit sont visibles, superbes. Suivons vers l’ouest la croupe granitique qui verrouille les lacs. Troisième lac. Nous prenons de l’eau mais préférons ne pas nous arrêter. Neige. Traces d’isards. Col. Fenêtre ouverte d’un coup sur le lac Gregonio et les Albe... Sous le sommet, rencontre d’un jeune couple français. Plaisir de faire le cicérone ! Sommet midi 30. (Mon quatre-vingt-cinquième 3000). Départ 14 heures. Descente au maximum par la neige. Arrêt au deuxième lac. Au moment où nous retrouvons Henriette*, sous les premiers arbres, un isard surgit à dix mètres.
Fatigue, soif, soirée à Cerler.

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INDEX DU DEUXIÈME CARNET

*Henry et Michèle Berge. (Course 294). Fils et fille de Monette Ferbos (sœur d’Henri), et de René Berge.
*Pierre. (Courses 294 n°2, 298, 299, 302, 303) Le troisième fils d’Henri Ferbos.
*Maneveau. (Course 294 n°2). Guy Maneveau, cofonda en 1971 (avec Marie-Françoise Lacaze) le département de musique de l’Université de Pau et des pays de l’Adour où il forma plusieurs promotions de futurs professeurs, animateurs, directeurs de conservatoire, chefs d’orchestre et chefs de chœur. Né en Savoie, il avait étudié la composition et la direction d’orchestre avec Olivier Messiaen, André Jolivet, Eugène Bigot et Igor Markévitch. Il arriva en Béarn en 1960 en tant que chargé de cours au lycée Louis-Barthou de Pau, puis à l’Ecole normale d’instituteurs, à Lescar. Son nom reste attaché au campus palois où son engagement au service de la musique contemporaine et sa stature d’immense pédagogue lui assurèrent une formidable notoriété jusqu’à sa retraite, en 1998. Le nom de Guy Maneveau est également indissolublement lié à l’Ensemble musical contemporain/Groupe vocal de Pau, qu’il créa en 1985. Lui-même chef d’orchestre et chef de chœur, il excellait dans le répertoire de Debussy et de Poulenc ainsi que dans la musique française du XXème siècle. Il est mort à Pau en avril 2010, à l’âge de 81 ans.
*Jean, Pierre et Jacques Pascal. (Course 295). Jean et Pierre, deuxième et troisième fils d’Henri Ferbos ; Jacques Pascal, ami de la famille.
*Jean, Paul et Annie. (Course 296). Jean et Paul Ferbos, fils d’Henri. Annie Fauvel, d’Angoulême, compagne de Paul. Ferbos.
*L’abbé Cantet. (Courses 299 et 392).Curé de Sarrancolin, puis de Tournay (Hautes-Pyrénées), l’abbé Adolphe Cantet est resté dans les mémoires pour avoir aménagé un court de tennis dans son jardin à l’intention des jeunes de la paroisse. Il a partagé de nombreuses courses avec Henri et a été prisonnier en Allemagne, à Trèves, avec Jan-Paul Sartre. Dans la course 392, Henri évoque son évasion et l’aide des Ferbos pour lui faire franchir la ligne de démarcation à Langon (Gironde). Voir l’index du carnet 1.
*Paul et Annie, Bernard et Jacques Pascal. (Course 300). Voir plus haut ainsi que l’index du carnet 1.
*Jacques et Pierre. (Course 300). Jacques Harang, collègue et ami d’Henri au lycée Louis-Barthou de Pau, et Pierre, troisième fils d’Henri.
*Jacques Harang. (Courses 303, 318, 355, 356, 359). Voir ci-dessus.
*Isabelle. (Courses 304, 308, 309, 310, 311, 312, 314, 317, 319, 321, 323, 325, 327, 330, 331 bis, 333, 337, 347, 348, 366, 374, 378, 380). Isabelle Gallais, amie d’Henri Ferbos avec lequel elle a fait de nombreuses courses comme le montre cette énumération. A épousé Didier Léveillé, autre compagnon de montagne d’Henri, cité plus loin.
*Jean, Pierre et Bernard. (Course 305). Les deux fils d’Henri et son gendre, Bernard Girard.
*Isabelle, Jackie, Jacques Harang, Benjamin. (Course 306). Isabelle Gallais (voir plus haut) ; Jackie L., amie du groupe ; Benjamin, fils de Corinne Barrère voir index du carnet 1.
*Jean. (Courses 310, 315, 339, 346, 390). Deuxième fils d’Henri Ferbos.
*Charlotte. (Fin de la course 311). Femme d’Henri Ferbos.
*André Guérin. (Fin de la course 314). Médecin psychiatre angoumoisin Voir index du carnet 1.
*Paul et Annie. (Course 316). Voir plus haut, course 296.
*Gardienne très sympathique et belle. (Course 319). Hommage à Louisa Domec qui a pris sa retraite le 15 septembre 2010 après avoir gardé pendant trente ans le refuge d’Ayous, géré par le Parc national des Pyrénées.
*Paul. (Courses 320, 329, 337, 378, 387). Premier fils d’Henri Ferbos.
*Louis Asserquet. (Course 322). Cousin par alliance de la famille Ferbos, par son épouse.
*Eric Petetin. (Course 322). Figure emblématique de la lutte des écologistes contre le tunnel du Somport et les aménagements routiers en vallée d’Aspe dans les années 1990-2000.
*M. Volovatz, neveu des frères Spont. (Course 322 bis). Fils d’un médecin parisien qui s’installa à Luchon dans la deuxième moitié du 19ème siècle, Marcel et Henry Spont sont connus pour leurs monographies sur les sommets pyrénéens et pour l’édition de collections de cartes postales. Henry (1869-1945) écrivait, Marcel photographiait. C’est d’ailleurs en prenant une photo sous le Spijeoles que ce dernier fut victime d’une chute mortelle, le 6 septembre 1906, à l’âge de 34 ans. Henri Ferbos leur a consacré un article dans le n° 15 de la revue de la section de Pau du CAF, le Passe montagne. Le M. Volovatz qu’il était allé voir à Luchon était le neveu d’Henry et de Marcel Spont par l’épouse d’Henri, née Elise Volovatz. (Voir l’article de Pierre Sarthoulet consacré aux cartes postales pyrénéennes dans le n° 246 de Pyrénées, d’avril 2011).
*Pascale. (Course 323, 334, 378). Amie d’Isabelle Gallais.
*Jacques. (Course 328). Jacques Ferbos (né en 1915), frère aîné d’Henri, aujourd’hui domicilié à Versailles.
*Jean-Baptiste Brosse. (Fin de la course 329). Organiste claveciniste fidèle au festival international de Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne).
*Sylvie et Jean-Claude. (Courses 330, et 334). Amis d’Isabelle Gallais.
*Anne-Marie. (Course 333). Amie d’Isabelle Gallais.
*Jean et Xavier Defos du Rau. (Courses 335 et 351). Les frères Defos du Rau figurent parmi les plus proches compagnons de cordée d’Henri Ferbos. Voir le carnet 1.
*Jacques Dayraut. (Courses 335 et 360). Un des membres fondateurs du GUHM. Voir le carnet 1 et son index.
*Yves Testu. (Course 337). Directeur, à cette époque (1987), du Conservatoire de musique de Niort (Deux-Sèvres) où Paul Ferbos est lui-même professeur d’orgue et de clavecin.
*Laclau et Max Gailhac. (Course 338). Amis palois d’Henri. Daniel Laclau était avocat (il fut bâtonnier du barreau de Pau) et Max Gailhac pilote d’essai.et sportif invétéré.
*Pierre, Fanfan, Bernard, Jeanne et Louise. (Course 340). Famille Ferbos-Girard.
*Isabelle, Sylvie, Jean-Claude et Anne. (27 janvier 1988). Amis d’Henri et d’Isabelle cités plus haut.
*Louis. (2 février 1988). Petit-fils d’Henri (Louis est le fils de Paul).
*Arlette. (Course 344). Arlette Hayet, une amie paloise d’Henri, installée dans les Pyrénées-Orientales.
*Pierre et Henriette Fougère. (Course 346, 383). Les fidèles amis de Villebois-Lavalette (Charente).
*Michel Carteaud. (Courses 346, 362, 363, 365, 394, 395). Un autre ami charentais.
*Ledormeur. (Course 346). Georges Ledormeur (1867-1952), né à Rouen, pyrénéiste passionné, Tarbais d’adoption, auteur du guide des. Pyrénées centrales.
*Nicole et Louise. (Course 346). Nicole Girard, fille d’Henri, et sa fille Louise.
*Pascal. (Course 346). Jacques et Dominique Pascal, amis de la famille Ferbos.
*Didier. (Courses 347, 348, 353, 366, 372, 374, 390, 392). Didier Léveillé, ami d’Henri Ferbos et mari d’Isabelle Gallais.
*Marie-Noëlle. (Course 347). Amie d’Isabelle Gallais.
*Marène et son berger Joseph. Une Sylvie et un autre berger. (Course 348). Le berger Joseph est Joseph Paroix, aujourd’hui installé sur le plateau du Benou, en basse vallée d’Ossau. À l’époque où Henri Ferbos l’a rencontré, il était à la cabane de Besse, en haute vallée d’Osssau ; Miren (et non Marène) était une de ses amies. Sylvie P. était une bergère de Lucq-de-Béarn et l’autre berger était Pierre Ossau, de Laruns.
*Rosane, Paul et Louis. (Course 348). Rosane Ferbos, née Merle, épouse de Paul, et leur fils.
*Merle. (Course 348). La famille de madame Paul Ferbos (Voir ci-dessus).
*Marcel Paillassa. (Course 352). Cet ancien commerçant qui tenait à l’époque un débit de boissons dans le centre de Pau avait rencontré Henri Ferbos au Marcadau et ils ont fait quelques sorties en montagne ensemble. L’une de ses filles a épousé le frère d’Isabelle Gallais, l’amie d’Henri Ferbos citée plus haut.
*Jeannette. (Course 352). L’épouse de Marcel Paillassa.
*M. Gallais. (Course 352). Joseph Gallais était à l’époque commissaire des renseignements généraux à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques. Sa présence dans le récit s’explique parce qu’il était le père d’Isabelle Gallais et par son lien de parenté par alliance avec Marcel Paillassa. (Voir ci-dessus).
*Jacques et Monique. (Courses 357 et 358). Jacques et Monique Harang.
*Gina. (Course 357). Amie d’Henri Ferbos.
*Jacques Dayraut. (Course 360). Voir course 335.
*Jacques F. et Denise. (Course 361). Le frère d’Henri Ferbos et l’épouse de ce dernier.
*Pierre et Henriette. (Course 362, 363, 393, 394). Le couple d’amis charentais. (Voir plus haut, courses 346 et 383).
*Michel Carteaud. (Courses 362 et 365). Voir course 346.
*Isabelle et Didier. (Course 366). Isabelle Gallais et son mari, Didier Léveillé.
*Chez Houerie. (Course 366). L’hôtel-restaurant du lac d’Estaing (65), ouvert de mai à octobre à l’entrée du lac.
*Monette et René. (Course 368). Monette, sœur d’Henri Ferbos, et son mari, René Berge.
*Le Breton. (Course 368). Juriste de formation et de talent, Henry Le Breton fut aussi un alpiniste de haut niveau des années 30-40. En 1933, il participa à la création du Groupe pyrénéiste de haute montagne (GPHM) avec Robert Ollivier, François Cazalet, Henri Lamathe et Jean Senmartin. Il fut le premier à conquérir l’arête nord-ouest du Balaïtous. Il s’est tué le 19 octobre 1961 dans les Alpes-Maritimes au cours d’une ascension qu’il faisait en compagnie de son ami Maurice Fourastier avec lequel il avait signé de nombreuses premières dans l’Oisans.
*Gaspard et Zsigmondy. (Course 368, dans les « pages sautées par inadvertance »). Emil (sans e) Zsigmondy, médecin autrichien né à Vienne le 11 août 1851, était aussi un excellent alpiniste qui trouva la mort le 6 août 1885 lors d’une ascension de la Meije. Il a été inhumé dans le cimetière de Saint-Christophe-en-Oisans où repose également le paysan-guide Pierre Gaspard, vainqueur de la Meije le 16 août 1877.
*Arlette ; Tatiana, Aurore et Jean-Marc. (Course 368). Arlette Hayet, amie d’Henri, et ses proches.
*Bernard, JP et Guy. (Course 371). Bernard : Bernard Girard. JP : Joseph-Pierre Tremblay, ami des Girard. Guy : Guy Boquien, oncle de JP Tremblay.
*Baptiste et Françoise. (Course 371). Baptiste : fils de Jean Ferbos ; Françoise est sa mère.
*Didier. (Course 372). Didier Léveillé. (Voir course 347).
*Pierre, Bernard et Gilles. (Course 373). Pierre, troisième fils d’Henri. Bernard : Bernard Girard, gendre d’Henri. Gilles Forrest, ami des Girard.
*Isabelle et Didier. (Course 374). Voir course 366.
*Bernard. (Course 377). Bernard Girard (voir ci-dessus, course 373).
*Isabelle et Pascale. (Course 378). Isabelle Gallais et une de ses amies.
*Guérin. (...) Et Paul. (Course 378). Le docteur André Guérin, cofondateur du CAF d’Angoulême Voir le carnet 1, et Paul Ferbos, fils d’Henri.
*Ségalas. (Course 379). Compagnon d’armes d’Henri.
*Paula. (Courses 380, et 380 bis). Paula Caldera-Rufin, enseignante, amie d’Henri qu’elle accompagna en montagne dans ses dernières années ; elle sera très présente dans les carnets 3 et 4.
*Isabelle. (Course 380). Isabelle Gallais.
*Françoise X. et Julia. (Course 380 bis). Françoise X : Françoise Kirche, une amie de Paula. Julia : la fille cadette de Paula.
*Jean et Baptiste. (Course 380 ter). Jean Ferbos et son fils.
*Bernard et Nicole. (Course 382). Bernard Girard et son épouse, fille d’Henri.
*Dominique et Jacques Pascal. (Course 382, 386). Amis de Nicole et Bernard Girard, à Hèches.
*Paul Joanne. (Course 382). Paul Joanne (1847-1922) est le fils unique d’Adolphe Joanne, directeur de la célèbre collection des guides de voyage publiés par Hachette, les Guides Joanne.
*Ollivier. (Course 383). Robert Ollivier (1911-1997), pyrénéiste « historique », guide de haute montagne et lui aussi auteur de guides portant son nom ; il a décrit dans ses ouvrages près de 3000 itinéraires de randonnées et d’escalades dans les Pyrénées centrales et occidentales, sur les deux versants.
*Pierre et Henriette. (Course 383). Les Fougère, les amis d’Angoulême.
*Arlaud. (Course 383). Jean Arlaud, fondateur du Groupe des Jeunes. Voir le carnet 1 et son index.
*Henriette. (Course 384). Henriette Fougère.
*Nicole. (Course 385). Nicole Girard, fille d’Henri Ferbos.
*Biguet. (Course 385). Garagiste palois installé au début de l’avenue maréchal Leclerc, côté centre-ville. Après sa disparition, le local a abrité des commerces divers jusqu’à ce qu’un autre garage franchisé ne s’y installe il y a quelques années.
*Paul et Rosane. (Course 386). Le fils aîné d’Henri et son épouse.
*Paul, Xavier et Vincent Merle. (Course 386). Paul Ferbos et ses beaux-frères.
*Jean Grabette. (Course 386). Originaire d’Aucun (Hautes-Pyrénées), Jean Grabette fut facteur auxiliaire à Marsous et dans le val d’Azun avant de se reconvertir berger à partir de 1968. Aujourd’hui (en 2011), à 82 ans, il est largement à la retraite mais il a gardé huit vieilles brebis qui ne lui rapportent rien. « Pour la passion », comme il l’avait dit à Henri Ferbos en 1989, et « parce qu’elles représentent les derniers vestiges d’une époque révolue », comme il nous l’a confié quand nous l’avons contacté.
*Jacques Pascal, Dominique, Johan et Pierre. (Course 386). Johan, fils de Jacques et de Dominique Pascal. Pierre, troisième fils d’Henri.
*Paul. (Course 387). Voir ci-dessus, course 386.
*Dendaletche. (Course 387). Naturaliste et biologiste de l’Université de Pau et des pays de l’Adour, Claude Dendaletche est à l’origine de la protection de l’ours des Pyrénées et de la création du FIEP (Fonds d’intervention écopastoral). Il est l’auteur de plusieurs livres sur les Pyrénées, sur les montagnes du monde, sur les écosystèmes d’altitude, sur l’ours en particulier et sur la faune sauvage en général. Aujourd’hui à la retraite, il se consacre à l’écriture et fait partie du Comité de rédaction de Pyrénées.
*Isabelle et Marie-No. (Course 387). Isabelle Gallais et une de ses amies, Marie-Noëlle (voir course 347).
*Monette et Jacques. (Course 387). La sœur et le frère d’Henri Ferbos.
*Salé ; Pierre et Henriette. (Année 1991, 26 janvier ; puis course 388). Salé est un pharmacien charentais, membre du groupe des amis angoumoisins d’Henri, comme Pierre et Henriette Fougère.
*Jean. (Course 390). Jean Ferbos, deuxième fils d’Henri.
*Didier. (Courses 391 et 392). Didier Léveillé, mari d’Isabelle Gallais.
*Les « Mots ouverts ». (Course 392). Titre d’un essai (non publié) d’Henri Ferbos.
*Adolphe Cantet. (Course 392). Curé de Sarrancolin, puis de Tournay (Hautes-Pyrénées), l’abbé Adolphe Cantet est resté dans les mémoires pour avoir aménagé un court de tennis dans son jardin à l’intention des jeunes de la paroisse. Il a partagé de nombreuses courses avec Henri et a été prisonnier en Allemagne, à Trèves, avec Jan-Paul Sartre. Dans la course 392, Henri évoque son évasion et l’aide des Ferbos pour lui faire franchir la ligne de démarcation à Langon (Gironde). Voir index du carnet 1.
*Paul, Rosanne, Louis, Laure et Madame Merle. (Course 392). Paul Ferbos, son épouse, leur fils, leur fille et la mère de Rosanne Ferbos.
*Pierre et Henriette. (Course 393). Les Fougère.
*Michel Carteaud. (Course 394 et 395). Voir course 346.
*Henriette. (Courses 394 et 396). Henriette Fougère.
*Xavier Defos. (Course 395). Xavier Defos du Rau.

Cet index a été réalisé par Jean-Paul Chaintrier et Jacques Harang avec le concours de la famille et des amis d’Henri Ferbos. Il est interactif. Toute personne peut y apporter sa contribution pour le compléter, élucider les éventuels points d’interrogation (?) ou corriger les possibles erreurs. Écrire à la Revue Pyrénées, BP 204, 64002 PAU CEDEX

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