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N° 240 - Octobre 2009 - Bulletin pyrénéen n° 482

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Couverture : Dernier tronçon de chemin dans un vallon couvert d’éboulis avant le col de Monastero (2 715 m). Photo Marion Nitsch.

Ce nouveau numéro de Pyrénées, disponible dès les premiers jours d’octobre 2009, aborde la question du pyrénéisme sous un angle inédit. « Le Pyrénéisme aux couleurs d’Europe », thème de l’article de Joseph Ribas qui ouvre la revue, est illustré en couverture par une photo de Marion Nitsch qui montre le dernier tronçon de chemin dans un vallon couvert d’éboulis avant le col de Monastero (2715m). La photo qui illustre le dos de la revue offre un point de vue bien connu sur le Pic du Midi d’Ossau, vu des pentes du Pic Lavigne, en écho à l’article de Jean Ritter intitulé « Ossau, montagne de l’amitié ».

 Sommaire

02 Éditorial par Michel Clin et Jean-François Le Nail
05 Pyrénées, montagnes d’Europe vers un pyrénéisme sans frontières par Joseph Ribas
17 Champignons des Pyrénées : le bonheur est dans la montagne par Robert Cazenave et Michel Pujol
27 La Patum, un chef d’œuvre mondial par Olivier de Marliave
35 Mes Pyrénées sauvages : du Batoua au Lustou en circuit depuis l’hospice du Rioumajou par Romain Bourbon
39 Ossau, montagne de l’amitié par Jean Ritter
45 il y a 75 ans, Lucien Berdou, jeune ossalois, explore ses montagnes par Alain Lalanne
51 Le musée Ángel Orensanz, et arts du Serrablo à Sabiñanigo (Samianigo) par Geneviève Marsan
59 Le séjour de lord Elgin dans le massif, un épisode peu connu de l’époque impériale aux Pyrénées par Jean-Pierre Thomas
65 Guide pratique du touriste russellien par Marta Iturralde Navarro
71 Poétique d’Henry Russell par Jean-Pierre Cazala et Thierry Mézaille
83 Bibliographie pyrénéenne : romans pyrénéens initiaux… et autres par Claude Dendaletche
91 Nos auteurs par Gérard Raynaud
93 Chroniques par Gérard Raynaud

À lire aussi :
La photo et les mots, p. 4
Trait d’union, p. 26
In memoriam - Tony Lévêque, p. 82
 

 Éditorial

par Michel Clin et Jean-François Le Nail

Tenir le cap

Le renouvellement d’une bonne partie de l’équipe animatrice de l’Association des amis du Musée pyrénéen qui a en charge Pyrénées (1) est l’occasion, pour le président sortant et pour son successeur, de prendre la plume en tête de ce 240e numéro de notre revue. Cette passation de témoins invite aux regards en arrière, aux bilans, aux réflexions sur le présent et sur l’avenir que nous souhaitons évoquer brièvement devant les lecteurs de Pyrénées.

Et d’abord, moins pour les anciens abonnés que pour les nouveaux lecteurs, il faut rappeler que notre revue paraît depuis 60 ans sous la forme que lui a donnée Raymond Ritter en 1950, et qu’elle prenait alors le relais, après une brève interruption, du Bulletin pyrénéen dont la date de naissance remonte à 1896. Elle a donc une longue histoire, non exceptionnelle pour une revue de ce genre, et qui a contribué fortement à la doter d’une mémoire, d’un esprit, d’une personnalité qui lui sont propres, qualités précieuses pour poursuivre le chemin tout en vivant pleinement son temps et en s’efforçant de transmettre, augmenté et enrichi, le dépôt confié.


En plus d’un demi-siècle, la forme de Pyrénées et la nature de son contenu ont connu des évolutions bien naturelles, mais, dans leurs grandes lignes, nous pensons que les raisons d’être de la revue n’ont guère changé depuis sa (re)naissance : offrir une liaison à la fois spatiale et temporelle entre les pyrénéistes et tous ceux qui sont attachés à cette chaîne de montagne dans ses différentes composantes naturelles et humaines ; leur permettre de s’exprimer par la publication de leurs témoignages, de leurs travaux, de leurs découvertes ; informer sur l’actualité ; favoriser la diffusion des connaissances, dans toutes les disciplines, concernant ce milieu unique ; à terme, constituer un trésor d’informations dans lequel chacun peut puiser librement. Sur tous ces points, la revue continue de jouer son rôle, et continuera aussi longtemps que les lecteurs y trouveront leur compte (2).

Par leurs judicieux encouragements, et pour la plupart, leur assiduité sans faille, les membres des instances statutaires, conseil d’administration et comité de lecture et de rédaction, ont largement contribué à la qualité de la revue. Et c’est essentiellement la persévérance, l’éclectisme et le savoir-faire d’un petit nombre d’actifs (au premier rang desquels il faut placer le rédacteur en chef) ainsi que de correspondants éloignés, qui ont permis la pérennité et la régularité, ainsi que la qualité matérielle de l’édition écrite, celle-ci fidèlement reflétée par son compte rendu sur le site conçu comme un appel à la lecture.

Que l’on nous permette maintenant un raccourci peut-être audacieux, mais sans doute de nature à situer le chemin parcouru. Sur le site internet de la Bibliothèque nationale de France, dans la « liste des signets », dans une sélection de sites choisis par les bibliothécaires, on peut lire ceci :

Pyrénées - bulletin pyrénéen, carrefour de toutes les Pyrénées

…Site internet de la revue des Amis du Musée pyrénéen. Ce bulletin pyrénéen est trimestriel. Sur ce site, il est possible d’accéder à des numéros archivés (depuis 1950), à des dossiers, à des numéros spéciaux. Une rubrique actualités dans les Pyrénées très intéressante et mise à jour régulièrement, avec des articles récents. Liste des ouvrages parus ou à paraître dans la région. De nombreux liens vers d’autres sites en rapport avec les Pyrénées…

Il s’agit ici, et c’est intéressant, d’une perception extérieure de l’activité de la revue. Au passage, notons avec satisfaction que celle-ci et son site internet recueillent l’attention objective et favorable de l’instance nationale la plus qualifiée.

La référence, dans le titre de la revue, à la notion de bulletin, délibérément conservée au long du temps par ses animateurs, et retenue par la BnF, affirme un enracinement solide du périodique (peut-être dans son cas à la différence de tel ou tel magazine, par essence volatil…).

Ainsi, des galeries du musée au site internet en passant par l’écrit, tous les vecteurs de la communication accessibles à notre association sont à ce jour sollicités aux fins d’illustration de la vocation définie par ses fondateurs. Et l’affirmation délibérée d’être « au Carrefour de toutes les Pyrénées » ne veut refléter rien d’autre que le respect de cette vocation : l’insertion que nous citons souligne, à juste titre, qu’au-delà de l’entreprise de mémoire, la revue apporte une forte contribution à l’actualité propre à la chaîne.

Or la revue Pyrénées, faite « par et pour ses lecteurs », est l’organe d’une association, elle n’a donc pas de but lucratif et seuls des bénévoles qu’unit une passion commune assurent son existence. Cette situation a des inconvénients, certes, mais elle offre de grands avantages, et d’abord celui d’être un espace de liberté dans lequel on doit pouvoir débattre, avec conviction et sérénité, et sans souci des modes passagères, des conformismes, des lieux communs. Car si les principaux objectifs de la revue sont toujours les mêmes, un nouveau champ s’est ouvert au cours des dernières décennies, dont la revue s’est fait écho à différentes reprises : celui de la nécessaire réflexion sur le présent et l’avenir du milieu montagnard. Nous le savons tous, les sujets d’intérêt, les choix philosophiques et les visions du monde des lecteurs quant aux Pyrénées sont des plus divers, et parfois jusqu’à l’antagonisme. Il en a toujours été ainsi et le consensus général n’est pas pour demain. Reste qu’il est entre nous tous au-delà de ces différences, un dénominateur commun, ces montagnes, indispensables à nos existences.

Indispensables car elles demeurent un lieu de confrontation, individuelle ou collective, au loisir comme au travail, avec une réalité redoutable autant qu’exaltante, confrontation qui nous donne la mesure de nos moyens et de nos ambitions face à une civilisation fortement marquée par la sensation de puissance, les faux-semblants et les fausses pistes. Pyrénées ne saurait donc se contenter de jouer un rôle passif de miroir, même de la meilleure qualité, des réalités du temps. Face aux évolutions actuelles, sociales, économiques et politiques, et même (et surtout ?) spirituelles, nombre de nos lecteurs peuvent aspirer à plus de réflexions, d’attitudes critiques et de propositions. Nos montagnes, pierre de touche, domaine d’expériences cruciales, par excellence terrain d’authenticité, exigent plus de nous et de notre revue.

(1) Pyrénées, N° 238, p. 115 ; 129, p. 114.
(2) À cet égard, les réponses positives aux questionnaires et, dans certaines circonstances financièrement difficiles, à une souscription volontaire en 2004, ont conforté les animateurs quant à la fidélité du lectorat. (Peut-être faut-il rappeler seulement, en passant, que le règlement des abonnements se fait normalement avant le 1er janvier !).
Et puisqu’il faut scruter l’avenir, ajoutons une note comptable, en soulignant la fragilité financière de l’entreprise Pyrénées , qui ne survit que grâce à ses lecteurs (diffusion en librairie et surtout par abonnements), et à l’intérêt concrétisé de deux organismes publics, départemental et municipal. Et en appelant nos lecteurs (une fois de plus) à la recherche de nouveaux abonnés autour d’eux.

 Présentation des articles

PYRÉNÉES, MONTAGNES D’EUROPE : VERS UN PYRÉNÉISME SANS FRONTIÈRES, par Joseph Ribas

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Pont dit romain à Saint-Étienne-de-Baïgorry.
(Photo François Meienberg).

Sans procéder à un recensement exhaustif des guides et écrits sur les Pyrénées publiés au fil du temps dans différents pays, Joseph Ribas se propose de porter un regard nouveau sur le pyrénéisme, désormais paré des couleurs de l’Europe. Il relève ici la contribution intelligente et originale de l’auteur helvétique François Meienberg.

Tout avait commencé pour Meienberg en vallée d’Aspe autour dune action de résistance au projet d’ouverture d’un axe routier en 1995. Puis il entreprit à son tour de traverser les Pyrénées à pied, de Saint-Sébastien à Collioure… Deux tomes témoignent de ce voyage et de ce regard.

Extraits de l’article de Joseph Ribas : « Une des métaphores du voyage, la plus chargée d’allégories, sans doute, est le parcours de l’eau. Des bains de Panticosa aux thermes de Cauterets, cheminer avec les torrents, border les cascades, les lacs, c’est aller dans l’enthousiasme au cœur du romantique. L’eau définit l’itinéraire. Le lac de Gaube, le pont d’Espagne, le Marcadau évoquent Chateaubriand, George Sand ou Victor Hugo, autant de passages obligés, mais, gravir l’épaule du Vignemale au col des Mulets par les « ibones » de los Batanes et les barrancos du rio Ara, c’est franchir le seuil du partage des eaux entre les versants de la Méditerranée et de l’Atlantique.
Plus loin, revenir à Cauterets par les lacs de Nère, du Pourtet et le gave d’Ilhéou, c’est boucler le cycle de l’eau depuis les sources natives jusqu’aux bassins des thermes.

« À aucun moment, cependant, François Meienberg ne cède à la facilité de gagner au plus vite la Méditerranée. Ce n’est pas le point d’arrivée qui décide de l’itinéraire. Un événement historique, un chef-d’œuvre d’architecture, un site naturel, les témoignages d’un écrivain et d’un peintre célèbres justifient les détours.

« François Meienberg sait voir, voir pour savoir et savoir pour mieux voir. Sentir, écouter les paysages et les hommes, les monuments du passé et les nécessités du présent. Son livre accompagne, interroge et décrit, fondé sur l’histoire quelquefois meurtrie, mais vivante, attachée à une culture plus révélatrice de valeurs que de pittoresque »…

CHAMPIGNONS DES PYRÉNÉES : LE BONHEUR EST DANS LA MONTAGNE, par Robert Cazenave et Michel Pujol

L’un est président de l’Association Mycologique de Bigorre (AMB), l’autre est porte parole du Cercle d’Études Mycologiques en Aquitaine (CEMA) . C’est à une promenade en montagne à la recherche des champignons, des plus communs aux plus rares, qu’ils convient les lecteurs de « Pyrénées ».

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La morille vulgaire, une espèce printanière comestible mais bien cuite.

« Joli mois d’octobre, notent nos auteurs en traversant les saisons. Début septembre, encore « morne plaine ». C’est sec avec des poussées sporadiques. En montagne en revanche, grâce à l’humidité du sol et de l’air on voit apparaître des coulemelles et de plus en plus d’espèces saprotrophes, ectomycorhiziennes et parasites. Octobre donne le signal de la flambée, de l’explosion en plaine et toujours davantage en montagne. Tricholomes, pieds de mouton (Repandum et Rufescens assez fréquents mais pas en grande quantité), trompettes des morts, laccaires améthistes, collybies, clitocybes. C’est aussi la pleine époque des cèpes, le cèpe de Bordeaux (Boletus edulis), le cèpe d’été (B. aestivalis), et le tête de nègre (B. aereus). Ces derniers en plaine exclusivement, sous chênes alors que les Boletus pinophilus var. fuscoruber, avec lesquels les têtes de nègre sont confondus, sont attachés à l’altitude. L’amanite phalloïde elle, apparue un peu en août puis un peu plus en septembre, habite en nombre, en octobre, tous les étages sans distinction. Dans les prairies c’est aussi le bel octobre des hygrocybes de toutes les couleurs.

Fin octobre et début novembre les espèces se raréfient alors qu’arrivent les cortinaires et les hébélomes. Il y a encore de grosses récoltes de coulemelles. Une année sur trois environ on assiste, sous feuillus, à de très fortes poussées de Tricholoma portentosum (le charbonnier) très goûteux, très peu connu mais qui présente, malheureusement, un risque de confusion avec l’amanite phalloïde. On peut trouver à cette époque de magnifiques tapis de trompettes des morts dans les chênaies hêtraies de la plaine mais aussi en montagne, dans la hêtraie sapinière. L’expérience conduit à dire qu’ici, les hêtres sont déterminants. Les risques d’intoxication et d’intolérance sont importants avec les clitocybes nébuleux souvent parasités sans que cela se voie facilement (fin duvet sur la cuticule) et avec les armillaires ostoyae (sous sapin). Tardivement, surtout en plaine, de bonnes pousses de pieds de mouton pourront encore remplir les paniers des gourmets »...

LA PATUM, UN CHEF D’ŒUVRE MONDIAL, par Olivier de Marliave

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Les Plens, diables de feu, transforment la place Saint-Pierre de Berga en véritable enfer. C’est l’apothéose de la Patum.
(Photo Olivier de Marliave).

« Voici la seule fête du piémont pyrénéen qui soit classé au patrimoine de l’humanité par l’Unesco, indique d’entrée Olivier de Marliave. Au titre des œuvres orales et immatérielles, l’organisation internationale a en effet attribué ce label exceptionnel à la Patum, en novembre 2005, à côté du Kabuki japonais, des épopées iakoutes de Russie, des Gongs du Vietnam ou du chant pastoral a tenore de Sardaigne. Les arguments des juges internationaux ont porté sur la valeur artistique de cet événement, sur son enracinement dans la tradition de la cité, sur son héritage unique et sur le rôle éminent de la Patum comme ciment culturel et social de la ville de Berga.

« Cela n’empêche pas une certaine méconnaissance de la Patum, de la part des Pyrénéens du nord, alors qu’elle attire des dizaines de milliers de visiteurs chaque année et de plus en plus d’étrangers lointains. Cette fête des Pyrénées catalanes se déroule durant la semaine de la Fête-Dieu, dont la Patum est une ancienne manifestation populaire et, sans doute, la plus importante relique des anciennes fêtes dieu que l’on connaissait encore au XIXe siècle dans la plupart des campagnes. Les seules fêtes de ce type, toujours vivantes mais d’une ampleur moindre, ont lieu au Pays basque où elles se déroulent les deuxième et troisième dimanche après la Pentecôte… »

Cet article fort documenté et illustré de photos très colorées donne une idée précise de cette fête unique qui vaut le déplacement.

MES PYRÉNÉES SAUVAGES : DU BATOUA AU LUSTOU, par Romain Bourbon

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Le Lustou.
(Photo Gérard Raynaud).

Récit d’une course en arrière saison ( début octobre) depuis le fameux hospice de Rioumajou jusqu’au Batoua (3032 m), au Pic de Guerreys, au Pic de Bacou et enfin au Lustou (3023 m). « Cette arête demande beaucoup d’attention et d’endurance, note Romain Bourbon… Bien sûr, la vue fut toujours magnifique sur toutes les montagnes de l’est jusqu’au Maubermé, l’arête Abeillé – grand Batchimale si proche, le Posets au sud-est, sur le mont Perdu, le Vignemale, le Balaïtous à l’ouest »...
 
 

OSSAU, MONTAGNE DE L’AMITIÉ, par Jean Ritter

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L’Ossau vu du lac d’Aule.
(Photo Louis Laborde-Balen).

Sixième ascension de notre ami Jean Ritter qui ne se lassera jamais de raconter « son » Ossau. Par exemple : « …Nous nous avançons vers le premier sommet, celui de la France puis revenons vers celui d’Espagne. Plus bas, le paysage est étalé autour de nous. Au-dessus de nos têtes, le ciel de l’Ossau est apaisant. Celui de l’Aneto est trop grandiose, celui du Mont Perdu trop tourmenté par les ascendances de la vallée de Pinède et celui du Vignemale trop dramatique et heurté comme l’âme de Russell. Ici le bleu est doux, d’une nuance de ton en dessous du ciel d’Aragon. Il est aérien, nul pic ou glacier ne l’enserre. Les sommets restent à distance. Entre le lointain Balaïtous et le Vignemale estompé près de lui dans une échancrure, à l’orient, et l’Anie, à l’occident, il reste humain. Le Pallas et le Visaurin lui assurent une garde à peine plus rapprochée. Les multiples lacs que l’on cherche au pied du Pic, en répercutant le ciel et les sentiments de l’âme, lui donnent toute sa profondeur et son élévation ».

IL Y A 75 ANS, LUCIEN BERDOU, JEUNE OSSALOIS, EXPLORE SES MONTAGNES, par Alain Lalanne

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Lucien Berdou à la conquête de ses premiers "3000".
(Photo Berdou).

« Le pyrénéisme a été officiellement inventé par des étrangers aux Pyrénées ; mais les enfants des montagnes avaient depuis longtemps une connaissance des lieux auxquels leurs ancêtres avaient donné des noms. Lorsque l’aristocratie cosmopolite puis la bourgeoisie locale découvrirent « autrement » les Pyrénées, elles louaient les services de guides locaux, souvent des Eaux-Bonnes. Le fils du pays, lui aussi, rêvait d’être excursionniste. Fils du peuple, il n’était pas fait pour devenir celui qui côtoie ceux de son époque qui ont marqué l’histoire du pyrénéisme. Pourtant Lucien Berdou, né en 1912 à Pau, fut un de ces rares jeunes gens qui firent de ce rêve une réalité ».

Alain Lalanne revient avec sensibilité et chaleur sur les aventures montagnardes du jeune homme qui a aujourd’hui 97 ans.

GALERIE DES MUSÉES : À SABIŇANIGO (SAMIANIGO), par Geneviève Marsan

Poursuite de la présentation, par Geneviève Marsan, ancien conservateur du Musée Pyrénéen de Lourdes, des musées des Pyrénées, versant nord comme versant sud.

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2e étage : chambre de Pedrón.
(Photo Geneviève Marsan).

« Le val de Teňa, écrit-elle en introduction de son article, qui fait suite à la vallée d’Ossau, vers le sud, est bien connu des Ossalois et des Béarnais. Les premiers ont tissé avec les Haut-Aragonais des liens que favorisaient à la fois un pastoralisme aux bases identiques et des ressources complémentaires dans un environnement propre au nord ou au sud de notre massif. Les seconds ont été longtemps, malgré une interdiction officielle au 18ème siècle, les fervents participants au culte de Santa Orosia (à Yerba de Basa et Jaca).
« Leur nombre, leur dévotion et les troubles suscités par la participation de « possédés du démon » venant rechercher annuellement, le 25 juin, un soulagement ou une guérison à leurs maux font partie du cortège de manifestations qui ont illustré les pèlerinages dédiés à cette martyre chrétienne depuis le 11ème siècle.

« C’est à une quinzaine de kilomètres de Biescas, sur la route de Huesca, à la sortie de la ville industrielle de Sabiňanigo, que l’on peut découvrir une belle maison traditionnelle du Haut-Aragon, restaurée pour la création du musée en février 1978.
« Le Musée du Serrablo est le fruit d’une nécessité collective », est-il écrit en introduction dans le catalogue du musée. Le développement industriel de la cité, avec une population d’émigrants venus des quatre coins de l’Aragon et au-delà, avait, comme ailleurs, vidé les campagnes, et fait disparaître la plupart des éléments d’une culture millénaire.

« Créer pour cette nouvelle population urbaine de nouvelles racines puisées dans ce qui reste de la culture populaire du Haut-Aragon (avec ses églises mozarabes et autour du toponyme Serrablo), a été l’objectif du musée ethnologique, par la volonté de la Ville de Sabiňanigo, et avec l’aide de nombreux bénévoles (les Amis du Serrablo) »…

LE SÉJOUR DE LORD ELGIN DANS LE MASSIF, UN ÉPISODE
PEU CONNU DE L’ÉPOQUE IMPÉRIALE AUX PYRÉNÉES,
par Jean-Pierre Thomas

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Thomas Bruce, comte d’Elgin.
(Document DR).

« Les impératifs de la construction européenne font régulièrement resurgir un vieux contentieux opposant la Grande-Bretagne et la Grèce : la présence, au British Muséum d’un certain nombre de sculptures de l’Acropole d’Athènes, plus particulièrement une des caryatides de l’Erechtéion, les métopes de l’entablement du Parthénon et surtout la frise de ce temple. Ces pièces d’un immense intérêt archéologique et artistique furent, chacun le sait, au tout début du XIXe siècle, arrachées sans ménagement sur le site, chargées sur « L’Hydra » pour être convoyées vers Londres, où l’auteur de ce qui, pour certains, demeure un vol et, pour d’autres, un sauvetage, finit par les vendre à la Couronne britannique en 1816. Et ce, malgré l’hostilité de Byron, ayant assez rageusement commis ces vers indignés, dans Childe Harold, publié en 1811, dont on peut traduire la substance : « Grèce adorée, tes objets sacrés, pillés par de profanes mains anglaises/Qui ont encore blessé ton sein meurtri et ravi tes dieux… ». Ainsi commence cet article de Jean-Pierre Thomas qui s’empresse d’ajouter : « En commençant la lecture de cette petite étude, le lecteur se demandera quelle relation peut-il y avoir entre l’histoire de ce « larcin » célèbre et les Pyrénées ? ». La réponse est évidemment à lire dans le nouveau numéro de Pyrénées.

GUIDE PRATIQUE DU TOURISTE RUSSELLIEN, par Marta Iturralde Navarro

L’année du centième anniversaire de la mort de Russell touche à sa fin. Notre amie espagnole Marta Iturralde nous propose, pour ce dernier numéro de 2009 un itinéraire clefs en main pour le parfait touriste russellien.

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L’abri Russell du Cylindre.
(Photo Gérard Raynaud).

« Suivre les pas d’Henry Russell à travers la chaîne de ses amours peut constituer une activité aussi ardue que satisfaisante, écrit-elle. Avec ses puissantes enjambées, notre explorateur pyrénéiste a atteint la majorité des reliefs compris entre le Bisaurin et les Beciberris. Justement, entre ces deux cairns gigantesques, se trouvait son territoire pyrénéen de prédilection, que notre bon comte ne voulait partager qu’avec les isards et les aigles… Mais quelques brèves touches pourront servir de guide à ceux qui se mettront en tête de suivre ses traces ». A suivre, justement.

POÉTIQUE D’HENRY RUSSELL, par Jean-Pierre Cazala et Thierry Mézaille

« Si toute œuvre d’art est le fruit d’une nécessité, celle d’Henry Russell, Souvenirs d’un montagnard, inlassablement reprise, objet de trois rééditions, chacune modifiée et réécrite dans la quête d’une perfection toujours interrogée, apparaît, un siècle après l’édition de 1908, la dernière, comme le produit d’une nécessité forte, d’une nécessité où, autant qu’un itinéraire montagnard voué aux Pyrénées, s’amalgame une quête de soi, d’ordre spirituel et sentimental, mais aussi une quête esthétique qui passe par un travail réfléchi sur l’écriture. Quels mots, quel phrasé, quelle plume pour traduire cette passion de la montagne, cette expérience vécue le plus souvent comme aux frontières du communicable et de l’incommunicable, pour traduire cette vision où le simple et le complexe, le clair et l’obscur, le tout et la partie se mêlent indéfectiblement sans jamais clairement démêler l’avers et l’envers d’une réalité elle-même vécue de façon universelle et en même temps très personnelle, par moments purement fantasmée ? »

Le propos est ainsi posé par nos auteurs qui vont s’employer à avancer sur ce terrain particulièrement riche.

BIBLIOGRAPHIE PYRÉNÉENNE, par Claude Dendaletche

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La sorcière des Pyrénées ou la Caverne du Val d’Aran.

« Jean Fourcassié consacre la cinquième partie de son ouvrage classique sur Le romantisme et les Pyrénées (1940) à la « vulgarisation progressive des thèmes », laquelle contient des pages (350 à 362) d’analyse sur le roman pyrénéen. Sa bibliographie consigne un certain nombre de textes, du The castle of the Pyrenees, or the wanderer of the Alps (1803)à Adine ou la Bergère des Pyrénées (par Willlemain d’Abancourt, 1809), dont en particulier celui de A.-J.Rosny : Adèle et Germeuil ou l’hermitage des Pyrénées. La plupart de ces romans sont rares mais aucun n’atteint un degré de rareté tel les suivants : Veillées béarnaises, par J.P.P. (1790), Le solitaire des Pyrénées ou Mémoires pour servir à la vie d’Armand, Marquis de Felcourt, par G…L… (Gaudin de Lagrange, 1800), La sorcière des Pyrénéesou La Caverne du Val d’Aran, par Bocous (1823). Les heureux hasards de la recherche dans des bibliothèques privées m’ont permis de lire ces ouvrages et de les étudier. Les deux derniers sont partiellement numérisés sur Google. Le deuxième figurait incomplet dans la bibliothèque Caillau-Lamicq (2 tomes sur 3). Le premier était possédé par Senmartin, il peut aussi être lu à la BM de Pau (comme indiqué dans ma Biblio., n°1475) ».

Claude Dendaletche poursuit ses recherches sur les ouvrages dans lesquels il est question des Pyrénées. Il explore ainsi quelques roman pyrénéens initiaux, ceux déjà cités plus haut et quelques autres.

À LIRE AUSSI :

- Nos auteurs : Pascal Ravier, Jean-Jacques Cazaurang, Joseph Ribas, José Luis Benito Alonso, Guy Vassal
- Les chroniques : Toute l’actualité des Pyrénées : Faits divers, Transports, Économie, Aménagements, Thermalisme, Sports d’hiver, Relations transpyrénéennes, Patrimoine et Culture, Religion, Spéléologie, Montagne, Environnement, Parc National, Carnet, Revues etc.

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